SEISMES

(extrait des « Etudes aveyronnaises » – recueil des travaux de la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron – 2012 – article de Pierre Lançon).

« …Un marchand du village de Saint-Austremoine, non loin de Marcillac, sera notre premier informateur. François de Calvet, seigneur de La Salle, relate de nombreux faits qu’il s’applique à coucher dans un registre soigneusement préparé à cet effet. Au hasard des pages, on relève la mention suivante : Ce jourd’huy an l’an 1646, aviron trois heures après midy, la terre et maizons tranblarent an ceste parroisse, à Salles. L’ons vist tranbler la grosse tour des Ondes ung cart d’ure, que ilz pansoint qu’elle tumbat, et les sources se troublarent. Les almanach en font mantion de ce tranblement, et aussy à Roudès, Espalhion, presque en tout le Rouergue. Et c’estet le 27°, m’estant tronpé d’ung jour, ung vandredy à la san jian hermit.

Si l’on en croit le témoin – également lecteur avisé d’almanachs -, ce séisme ébranla les murs de l’antique château des Ondes, situé dans la partie haute de Salles-Comtaux (aujourd’hui Salles-la-Source). Un autre chroniqueur rouergat, Etienne Cabrol, dans ses Annales de Villefranche, confirme la violence de la secousse, ressentie par de nombreux habitants de la bastide. Cette même année 1646 la terre trembla dans cette ville icy le vendredi 27 avril ; ce qui fut remarqué par les révérends pères chartreux, et vérifié aux maisons de Mr Antoine d’Ambez, conseiller, de Mr Pierre Laval, médecin, de Me Estienne Cabrol, praticien de la rue Savignac, et en autres endroits de la dite ville.

Le deuxième observateur direct d’un tremblement de terre en Rouergue appartient au monde étroit des officiers de justice qui exercent à Rodez à la veille de la Révolution. Jean Ignace Delbosc, conseiller au sénéchal, s’astreint également à collecter, dans ce qui ressemble plutôt à un livre de comptes des faits personnels ou familiaux, mais aussi des événements de la vie quotidienne. Le 6 mars 1772, il note ainsi : A onze heures et un quart du matin, étant auprès de mon feu, dans mon cabinet, j’ai senti deux assès vives secousses de tremblement de terre, ce que j’ai compris aisément au frémissement des vitres et de tout mon cabinet. On imagine sans peine la stupéfaction de cet homme, surpris dans son travail, mais avançant tout aussitôt, en parfait représentant du Siècle des lumières, une explication au phénomène qui relève à la fois de la raison et de la connaissance… »

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Nous avons, par ailleurs, trouvé mention d’une autre secousse sismique, survenue le 16 mai 1807, estimée de magnitude 6 (dommages légers) ressentie dans notre région, plus particulièrement à Villecomtal, sous l’influence du rapprochement des plaques tectoniques africaine et européenne.

Plus récemment, le 18 avril 1974, à 3 h 25, une secousse tellurique a été ressentie pendant 5 secondes dans une zone décrivant un vaste croissant partant de la région de Maurs, suivant la vallée du Dourdou, le Laissagais, l’Espalionnais et la Viadène. De nombreuses personnes ont été réveillées par le bruit des vibrations, mais il n’y a pas eu de dégats. On l’impute à un mouvement de la faille hercynienne qui coupe l’Aveyron de Firmi à Saint-Laurent-d’Olt en passant par Clairvaux, Gages et Prévinquières. L’épicentre de cette secousse se situait assez vraisemblablement dans le triangle Estaing-Entraygues-Villecomtal. A Salles-la-Source, un réfrigérateur s’est déplacé d’une vingtaine de centimètres.

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1646 ; 1772 ; 1807 ; 1974. Nous voyons qu’à chaque siècle une secousse sismique bien perceptible secoue notre petit coin de Rouergue.

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Originally posted 2013-03-02 21:05:26. Republished by Blog Post Promoter