Quand le moulin de Gourjan hébergea le Roi de France

La  tradition rapporte qu’un roi de France, venu visiter l’abbaye de Conques, surpris par un violent orage aurait demandé asile et fait étape chez le meunier de Gourjan.

Relisons ce que Bernard Combes de Patris (1884-1965) a écrit à ce propos :

« Un peu en aval de Pont-les-Bains se dresse le moulin de Gorjan ou Gourjan dont la construction remonte à plusieurs siècles. Près du canal de fuite on voit une maison moderne adossée à des ruines fort anciennes où l’on retrouve des portes et des fenêtres ogivales des XIV° et XV° siècles. Dans le mur en face, qui longe le chemin, existent encore trois anneaux de fer, scellés dans la pierre à la hauteur de cinquante centimètres environ ; à l’angle occidental de la maison s’élevait un frêne magnifique, d’une grosseur, d’une beauté, d’une élévation extraordinaires et dont la tige mesurait environ trois mètres de circonférence ; cet arbre superbe, qu’on appelait le Frêne-du-Roi et qui faisait l’admiration des habitants et des étrangers, est tombé sous la hache, il y a quatre-vingt-dix ans à peine et a fourni les deux poutres d’un pressoir.

A quelques pas au-dessus du moulin, un chemin descend de la montagne dans la vallée. Ce chemin praticable pour les chevaux et les attelages de boeufs, conduit, par des pentes assez rapides, jusque sur les hauteurs qui dominent les vignobles et se prolonge jusqu’à  Rodez. C’est par cette voie, peu fréquentée aujourd’hui, mais la seule pratiquée aux anciens âges, que d’après une tradition constante serait descendu un roi de France, qui allait visiter la célèbre abbaye et magnifique église romane de Conques. Surpris par un violent orage, au déclin du jour, il aurait demandé l’hospitalité au meunier de Gourjan, qui l’aurait accueilli avec tout l’empressement d’un sujet fidèle et dévoué. Les chevaux du prince et de ses écuyers auraient été liés aux anneaux de fer qui servaient à attacher les mulets du meunier et qu’on aurait religieusement conservés dans les murs de la construction moderne. Charmé par l’accueil qu’il aurait reçu chez le meunier de Gourjan, le roi lui aurait demandé ce qu’il pouvait lui offrir en récompense, et celui-ci aurait demandé la noblesse, qui devait l’affranchir des tailles et corvées, et perpétuer le souvenir glorieux pour la famille, d’avoir reçu, sous son humble toit, un roi de France. Le monarque s’empressa d’accorder la faveur sollicitée et érigea en fief la maison et les terres de Gourjan possédées alors, comme de nos jours, par la famille Lacombe qui jouissait dès ces temps reculés, d’une excellente renommée.

Quelle sera l’authenticité de cette tradition répandue dans la contrée ?

Cependant, on ne saurait  méconnaître qu’une foule de circonstances se réunissent  pour confirmer la tradition relative au passage de l’un de nos rois à Gourjan. La noblesse accordée au meunier est un fait incontestable : dans plusieurs titres du XV° et XVI° siècles, les Lacombe figurent sous le nom de Jean de Gourjan ; le nom de Frêne-du-Roi donné à l’arbre gigantesque planté pour consacrer le souvenir du passage du monarque ; les créneaux qui se trouvaient  il y a  un siècle dans le mur de l’ancien manoir ; les menaces d’incendie et de pillage que les terroristes de Marcillac firent subir au chef de la famille Lacombe, à cause de sa noblesse ; les anneaux de fer pieusement  conservés dans les murs de la construction moderne ; enfin, l’existence d’un grand nombre de titres sur parchemin, au pouvoir de la famille des meuniers de Gourjan, tous ces faits, semblent démontrer la véracité de la tradition ou de la légende ».

 

Quel pouvait donc être ce monarque ? Ce pourait être Jean II Le Bon (1319 – 1364) roi de France de 1350 à 1364. On sait qu’il soumit son gendre Charles II Le Mauvais (roi de Navarre de 1349 à 1387). Il passa en Rouergue trouver Jean 1er  comte d’Armagnac et de Rodez (1313 – 1375) qui l’attendait avec de belles troupes, avant de se rendre à Toulouse (1). Si, en passant, il fit étape à Conques, son itinéraire naturel pour se rendre à Rodez était d’emprunter le Vallon, via Marcillac et Gourjan.

On sait également qu’après celà il reprit la lutte contre les Anglais, qu’il fut vaincu et fait prisonnier à Poitiers par le Prince Noir (fils du roi d’Angleterre) en 1356 et emmené à Londres où il est resté prisonnier jusqu’en 1362.

Ceci situerait son passage à Gourjan entre 1349 et 1356,  probablement en 1349.

Dans  son récent  livre (2011) « Châteaux et personnages du Ruthénois  » Gérard Astorg nous précise :  » Guillaume 1er de Gourjan est intronisé en 1349, de manière inattendue, dans la puissante confrérie de la Monnaie de Figeac, établissement monétaire royal, avec privilèges considérables et exemptions d’impôts à la clé ».  Il ajoute : « Le livre de raison de Jean et Pierre de Gourjan qui retrace la vie de cette famille de 1357 à 1455, nous indique qu’il existait un deuxième moulin (dont on a retrouvé les substructures)  qualifié de « moulin à or ». L’autorité royale  confiait .ainsi aux Gourjan le privilège de broyer le minerai d’or et de le réduire en poudre en vue de battre la monnaie royale (2)

 

.Franc du roi de France Jean II le Bon

 

Après 1420, les activités aurifères et monétaires du moulin à or disparaissent (3). Cependant en 1433, on relève la présence d’un moulin à papier. S’agit-il  d’une reconversion? On peut le penser. Les Gourjan viennent d’innover en exploitant un moulin à papier pour la 1ère fois en Rouergue. Cette activité sera cependant de courte durée dans un contexte financier difficile ».

Le dernier meunier à porter le nom de Gourjan est Jean de Gourjan qui, victime de la peste, est inhumé le 16 avril 1587. Sa soeur Sicarde est son héritière. Elle épouse François Lacombe. Les Lacombe occupent depuis, et jusqu’à nos jours, le moulin de Gourjan qui est dans la même famille depuis près de 800 ans.

 

(1)  La famille d’Armagnac qui avait acquis le comté de Rodez par le mariage, en 1298,  de la comtesse Cécile de Rodez avec Bernard VI comte d’Armagnac, régnait alors sur l’équivalent
de sept départements et possédait 24 châteaux en Rouergue.

 

(2)  C’est  Jean II Le Bon, roi de France qui, par ordonnance, créa le franc.

 

(3)  Ce souvenir permettra au quotidien Centre-Presse, en guise de poisson d’avril, (1er avril 1989) d’annoncer la découverte de pépites d’or dans le Créneau, entre Pont-les-Bains et Cougousse, par un orpailleur professionnel.

Originally posted 2014-06-21 06:00:58. Republished by Blog Post Promoter

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