A PROPOS D’UNE FAMILLE ARRAS A MARCILLAC

Jean V, comte d’Armagnac et de Rodez avait donné l’exemple des vices les plus monstrueux et de la déloyauté la plus cynique.

Après avoir trahi la confiance du roi Charles VII, puis de Louis XI, le Parlement ordonna que sa personne et ses biens seraient mis sous la main du Roi.

Jean V s’enferma dans Lectoure. L’armée royale, conduite par Jouffroy, cardinal d’Arras, l’assiégea immédiatement. Après trois mois de siège un accord fut conclu, le 4 mars 1473, promettant d’accorder amnistie à Jean V.

Celui-ci, confiant, fît désarmer ses soldats et ôter l’artillerie de dessus les murailles de la ville.

Les portes du grand boulevard furent ouvertes. Conduits par Robert de Balzac, les gens du roi entrèrent dans Lectoure insignes déployées. Arrivé devant le château du comte, Balzac ordonna de tuer tous les hommes. Un archer se jeta sur Jean V, lui donna deux coups de poignard dans le sein et un autre soldat lui asséna un coup de hache d’armes sur la tête. Le comte, âgé de 52 ans, mourut sur le coup.

Le château fut abattu. On peut penser qu’à la suite de cet évènement le château de Marcillac, qui appartenait au comte, fut également démantelé et servit de carrière à la construction de notre église que l’évêque François d’Estaing vint consacrer le 19 juin 1507.

Plus tard, dans leur « Reconnaissance » faite au Roi (Louis XIV), en 1667, les consuls de Marcillac déclareront « … avoir ouï dire et sçavoir par tradition de leurs devantiers que les seigneurs comte de Rodès avoint jadis une maison ou chasteau aboutissant à la muraille de ladite ville, le lieu auquel ladite maison estoit assise estant à présent réduit en un jardin… », de même ils préciseront « … apartenir à sadite Majesté un moulin à bled et un autre moulon foulon servant à aprester de draps, scis à la sortie de la ville et à la porte dite Delmas, au-delà d’un petit pont qui est sur la rivière de Crenault. »

Mais revenons au temps de Louis XI.

A l’autre bout du royaume, celui-ci, pour châtier la ville drapière d’Arras de l’avoir trahi en soutenant Charles-le-Téméraire, fait démanteler ses murs et expulse ses habitants.

Il imposa aux marchands de la ville de Rodez de lui compter une somme de 1400 écus pour la réorganisation de l’industrie des tissus en France et, de surcroît, enjoignit que deux bourgeois et neuf hommes du métier, un par communauté, se rendent à Arras « pour y rester ». La Cité députa comme bourgeois  Auguste Gayrart, consul, et le Bourg Géraud d’Aulhou. Marcillac dût se résigner à se priver de son drapier.

Dans son livre « Le vieux Rodez » Pierre Benoît nous dit qu’en juillet 1480 « ils partirent, en effet, mais furent renvoyés comme « non sufficiens ». Comme l’on peut comprendre leur manque de zèle !

Notre Marcillacois s’en revint donc au Vallon, en novembre,  où ses concitoyens le surnommèrent  désormais « Arras ». Avec le temps, lui et ses descendants ne furent plus connus que sous ce nom.

Nous avons trouvé trace d’un Arras dans un acte établi à Marcillac en 1674.

Joseph Arras, né à Marcillac (1766-1834) exerça dans notre ville (Tour de ville)  la profession de chapelier. Il fût enrôlé le 17 mai 1793 dans l’armée des 300.000 « volontaires » levée par Lazare Carnot.

L’une de ses filles, Elizabeth, née le 4 fructidor an 13 (1805) épousa, en 1835, Pierre Olivié, un charpentier d’Escandolières que ses concitoyens surnommèrent « Lou Marcilhac » pour avoir épousé une Marcillacoise. Deux petits-enfants de ce couple revinrent s’établir à Marcillac où vivent aujourd’hui huit familles descendantes de ces Arras, mais qui n’en portent plus le nom.

 

(sources : Bulletin du Cercle généalogique du Rouergue – n° 52 ; « Le Vieux Rodez » de Pierre Benoît ; Registres d’état-civil de Marcillac ; Archives de la famille Retournard).

Originally posted 2013-01-01 15:43:23. Republished by Blog Post Promoter