François Graccus Cabrol (1793-1882) et notre mur des lamentations

Son nom figure au fronton du Pont-Rouge, qui domine la vieille ville de Marcillac, sur une plaque de fonte portant  l’inscription : « DECAZEVILLE – Année 1856 –

CABROL Directeur ».

François Gracchus CABROL est à l’origine de l’industrie minière et métallurgique du Bassin. Ce Ruthénois d’origine choisit d’abord la carrière militaire et connut les campagnes napoléoniennes. Cet ancien élève de Polytechnique étudia en Angleterre les hauts-fourneaux et rencontra le duc Decazes. Les deux hommes allaient fonder Decazeville. François Cabrol fut directeur des Houillères et Fonderies de l’Aveyron jusqu’en 1860. Il fut élu maire de 1844 à 1851, conseiller général puis député. Il s’éteignit le 6 juin 1882 à Paris et fut inhumé trois jours plus tard à Decazeville. Pour perpétuer sa mémoire, une statue fut commandée au sculpteur Denys Puech. Elle a été inaugurée le 29 septembre 1895, sur la place de Decazeville qui portait déjà son nom.

Né en 1793 sous la « Terreur », et fils de « Coupo-cuol » :

(Extrait de « Accusés levez-vous » de Jean-Michel Cosson – Editions Subervie – 1997)

« … Le samedi 31 mai 1794, les frères Boscus (prêtres insermentés, originaires d’Agnac, à la limite du Lot et de l’Aveyron, où leur père tenait un office d’avocat) furent conduits sous bonne escorte à Rodez pour y être jugés. En ces temps révolutionnaires qui avaient bouleversé l’ordre établi, le Tribunal criminel de Rodez était présidé par un modeste vendeur de draps de la place de la  Cité dont la montée en grade avait été proportionnelle à son ardeur de sans-culotte. Disciple de la Terreur, François Cabrol s’était affublé avec un orgueil non dissimulé d’un sobriquet terrifiant : Cobrouol coupo-cuol (Cabrol coupe-cou). Jugeant aussi que Gracchus Babeuf incarnait les vraies vertus révolutionnaires, il avait donné le prénom additif de Gracchus à son fils qui, il en était convaincu, se rallierait, de fait, aux idées nouvelles. Conviction bien utopique cependant ! Monarchiste libéral, fondateur avec le duc Decazes des usines de Decazeville, le fils, ô sacrilège, s’empressa sous la Restauration d’effacer ce prénom bien compromettant. Le 30 mai, Cabrol « coupe-cou » avait envoyé sans état d’âme l’abbé Palangier, vicaire de Marnhac, à l’échafaud… Le 1er juin, Jean-Joseph et André Boscus comparurent à leur tour… Egal à lui-même, l’accusatuer public Bo se montra intraitable dans son réquisitoire… Cabrol et les membres du tribunal acquiescèrent ! Le tribunal criminel du département de l’Aveiron, jugeant en dernier ressort et sans recours au tribunal de cassation déclare les
deux frères » condamnés à mort.

Dans les vingt-quatre heures ils périssent tous deux sur l’échafaud dressé sur la place de la Liberté, de Rodez.

« Le hasard des joutes judiciaires voulut qu’un demi-siècle plus tard, la condamnation des deux prêtres revienne devant les tribunaux. Deux frères Boscus, neveux des précédents, étaient poursuivis devant les assises de l’Aveyron, à la requête de François-Gracchus Cabrol, directeur des Forges de Decazeville. Désireux d’impressionner les jurés, leur défenseur, Me Foulquier, ne se priva pas dans sa plaidoirie de ramener sur le devant de la scène la terrible sentance < Cabrol père a fait mourir les oncles, son fils veut perdre les neveux !>
C’était, ce que l’on appelle, un effet d’audience. » 

Le pont de Malakoff, son chef-d’oeuvre maudit :

(Extrait de « Marcillac au fil des siècles » de Jean Olivié – Editions du Beffroi – 1998)

« Un décret impérial du 21 avril 1853 annonce qu’un embranchement de chemin de fer destiné à desservir les usines d’Aubin et de Decazeville se détachera de la ligne de Montauban à la rivière Lot, en un point qui sera déterminé par l’administration et viendra aboutir à ou près de Marcillac…

…Il y a longtemps que François-Gracchus Cabrol pense à ce projet, et qu’il rêve de réaliser une oeuvre de prestige qui magnifiera son génie pendant des siècles. Il avait rêvé d’ériger, à l’entrée de Marcillac, un viaduc en forme de château féodal. Une sorte de porte de la ville que l’on aurait été obligé de franchir pour y entrer ou en sortir côté sud. Une grande arche innovante et légère, mi-pierre, mi-acier, aurait enjambé le fond de la vallée et le Créneau.

Mais quelle déception, pour cet homme ambitieux, lors des dernières élections législatives. Certes, il a été élu député, les ouvriers du Bassin de Decazeville lui ont fait un triomphe, mais les gens de Marcillac ne l’ont pas soutenu dans ce vote (à cause des expropriations qu’il a fait réaliser pour la construction de la petite voie ferrée servant au transport du minerai de fer de Mondalazac à Decazeville qui traverse le Vallon). Alors sa décision est prise. Le beau viaduc de cette ligne ne sera pas pour Marcillac. Il enjambera l’Ady et non le Créneau. Marcillac se contentera d’un viaduc plus classique, mais élégant tout de même, bâti de pierres et de briques.

… Les tours du viaduc de l’Ady commencent à prendre bonne tournure lorsque les Français qui se battent en Crimée enlèvent, le 8 septembre 1855, au prix de sanglants combats, le fort de Malakoff dominant la rade de Sébastopol. Le public, qui suit avec attention l’avancement du chantier, ne manque pas, en  souvenir de cette bataille, de donner au viaduc de l’Ady le nom de Malakoff.

Long de 155 mètres, construit en grès rouge, ses deux entrées affectent la forme de tours  (rondes côté route, carrées côté bois). A l’intérieur un escalier, éclairé par deux meurtrières, permet de s’élever jusqu’à la plate-forme. Le sommet est couronné de mâchicoulis et de créneaux. L’arche principale d’une longueur de 44 mètres, domine l’Ady de 22 mètres. Elle repose sur deux immenses arcs de fer… Le tympan, en maçonnerie, est fait d’ogives croisées. L’ouvrage terminé est une réussite architecturale remarquable.

Fier de son oeuvre, à juste titre, la tradition rapporte que le jour de l’inauguration, Cabrol aurait demandé à l’un de ses invités :

< N’est-il pas parfait mon viaduc ? Que lui manque-t-il ?

– La corde pour vous pendre >, lui aurait répondu son interlocuteur, (actionnaire probablement), songeant au coût de la réalisation.

…Le 16 novembre 1931, la société Commentry-Fourchambault-Decazeville signe la renonciation aux concessions des mines de fer du Causse Comtal. La dépose de la petite voie ferrée (empruntant le pont de Malakoff) est entreprise à partir de 1936…

… La pénurie de fer, pendant la Seconde Guerre mondiale, entraîne la disparition de la grande arche du viaduc de Malakoff. L’entreprise Mirouze de Toulouse vient en abattre et récupérer les arcs métalliques.

… Les tours rondes… gênaient pour la circulation. Plusieurs accidents avaient eu lieu, sous le pont, dont un grave. Les responsables du service de l’Equipement décident, en 1946, de le démolir (au lieu de le contourner, ce qui était possible). M. Viguier, entrepreneur de Combret, rachète les vestiges du pont et en propose les pierres de taille à ses clients.  L’année 1957 sera fatale au pont et verra sa destruction quasi complète. Lors de la démolition des culées, les ouvriers découvrent une pièce de parchemin, mémento commératif placé dans la maçonnerie du pont à l’occasion de la pose, le 16 septembre 1897, de la plaque à la mémoire de François Cabrol. »

Aujourd’hui, tel le temple de Jérusalem, il n’en demeure qu’un mur des lamentations !

 


oOo

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

fringilla id sem, felis odio ut accumsan Praesent et, ipsum