Poème de l’abbé Justin BESSOU pour les noces d’or sacerdotales du curé Antoine Durand

Le célèbre abbé Justin BESSOU (1845-1918), conteur et poète (occitan et français) était vicaire auprès du curé Antoine Durand, à Marcillac, lorsque celui-ci fêta, le 31 juillet 1883, ses noces d’or sacerdotales. Bessou avait une grande affection pour notre curé. A cette occasion il composa, en son honneur, le poème suivant :

A Monsieur l’abbé Antoine Durand, curé de Marcillac, pour ses Noces d’or.


Quand, sur l’aile du rêve, on voyage en poète

Quand l’esprit, dans son vol saisit l’âme inquiète
Et la jette éperdue aux vastes profondeurs,
Dans toutes les clartés, dans toutes les grandeurs,
Moi, j’admire avant tout, parmi tant de merveilles,
Le prêtre aux cheveux blancs, amaigri par les veilles,
Dont l’oeil plein de prière et d’espoir immortel
Eclaire tous ses pas des rayons de l’autel.
Oh ! vous me donnerez de peindre en vers de flamme
Cet idéal sacré dont s’enivre mon âme,
Puisque vous permettez, Seigneur, qu’en ce moment,
J’en contemple la grâce et le rayonnement
Sur ce front vénéré que la vertu décore
Et que le poids des ans ne courbe point encore !
Cinquante fois, pourtant, ô bien-aimé pasteur,
L’hiver de ces coteaux a blanchi la hauteur
Depuis que répondant à l’appel du bon Maître,
Vous avez dit : “Voici ma vie et tout mon être ;
“Que je meure, Seigneur, afin que votre Esprit
“Forme, en me recréant, un autre Jésus-Christ ! “
– Vas, tombe à terre et meurs, trop heureuse victime ;
Comme autrefois, planant sur le muet abîme,
Le souffle créateur féconda le néant,
Ainsi de toi ! – Relève, ô prêtre, maintenant,
Ton beau front prosterné sur la dalle du temple.
Vas, l’Enfer te redoute et le Ciel te contemple,
Car Dieu t’a confié sa cause et son pouvoir.
Prier, donner, voilà ta gloire et ton devoir.
Vois, tout souffre et gémit dans l’immense nature ;
Le tigre attend sa proie et l’oiseau sa pâture,
Et la fleur sa rosée, et l’homme, chaque jour,
A besoin de pardon, de lumière et d’amour.
Ayant tout, donne tout. Verse par ta prière
Les bontés du Seigneur sur la nature entière
Et puis, – tout inondé des rayons du Thabor,
Vas, du berceau fragile où l’innocence dort
Jusqu’au lit de douleur, jusqu’au bord de la tombe,
Et pour tout ce qui pleure et pour tout ce qui tombe,
Sois l’ange de la force et du relèvement.
Redresse toute erreur et tout égarement.
Et puisque ta parole, – ineffable mystère ! –
Produit le pain vivant, le vin qui désaltère,
Oh ! nourris, chaque jour, la pauvre humanité
Du céleste aliment de l’immortalité. –
Ton rôle est tout d’amour, et de miséricorde ;
Mais, dans ces temps maudits de trouble et de discorde,
Si l’orgueil révolté se dressant devant toi
Insulte dans tes mains le drapeau de la foi,
S’ils disent, à ton Dieu, poussés par la démence :
” – Vas ! ton règne finit où le nôtre commence,
“Place ! laisse passer le peuple souverain ! -“
Alors ô prêtre, alors, sois le rempart d’airain.
Défends ton Dieu qui t’a sacré pour le défendre ;
Défends la vérité qu’on ne veut plus entendre ;
Défends la croix, l’Eglise et ton peuple ; – défends,
– Tendre et frêle trésor, – l’âme de tes enfants,
Pauvres petits qu’on veut te ravir pour en faire
D’affrontés libertins en quelque affreux repaire.
Ils pourront, pour un temps, paraître les plus forts,
Opprimer ton courage et vaincre tes efforts,
Qu’importe ?… jusqu’au bout, tant qu’un souffle te reste,
Indomptable guerrier, lutte, combats, proteste ;
Soutiens les défaillants et répète en tout lieu,
Que l’effort est à l’homme et la victoire à Dieu.

Et voilà cinquante ans que ce rôle est le vôtre
O père, et vous pouvez dire, comme l’apôtre :
“Au poste de l’honneur j’ai lutté vaillamment.”
N’ayant avec l’Enfer nul accomodement,
Vous n’avez point tenu la vérité captive.
J’en appelle au troupeau dont la foi n’est si vive
Que grâce à vos discours où le savoir profond
Va démasquer l’erreur, la presse et la confond,
Eclaire tout chemin et parfois – implaccable –
Jette au crime insolent un mépris qui l’accable.
On peut ainsi parler quand sur un front vainqueur
On porte le reflet sublime d’un grand coeur,
Quand on nourrit le peuple et quand on est l’exemple
De tout un peuple heureux et fier qui vous contemple.
Certes, en ces jours de honte et d’avilissement
Où l’homme dans la nuit se plonge follement
Où l’orgie est partout, où l’infamie abonde,
Il est beau de trouver encore dans ce monde
Des prêtres tels que vous dont la noble fierté
Nous garde quelque honneur et quelque liberté,
Ne s’incline jamais devant l’orgueil rebelle
Et force l’impudeur à rougir devant elle.
Ainsi, lorsque, naguère, un pouvoir oppresseur,
Fourbe, vil et rampant, – comme un loup ravisseur
A voulu vous priver, dans sa haine féroce,
Des plus vaillants appuis de votre sacerdoce,
Contre ses attentats vainement triomphants
Vous avez protégé l’âme de vos enfants
Et Marcillac, – malgré des lâches et des traîtres, –
Pour la seconde fois vous doit ses humbles maîtres
Bien dignes de combattre et de vaincre avec vous.
Aussi, lorsque je vois tout un peuple à genoux
Acquitter avec pompe, avec magnificence,
Le devoir éternel de sa reconnaissance ;
Quand je vois tant d’amis rayonnants de bonheur
Accourir pour vous faire un cortège d’honneur ;
Quand je vois – pour doubler l’éclat de votre fête,
Un illustre pontife arrivant, à leur tête ;
Quand j’entends sa parole aux sublimes élans
Célébrer vos vertus, vos travaux, vos talents ;
Quand votre modestie, à cette voix auguste,
Se récrie et rougit, moi je dis qu’il est juste
Qu’ainsi l’on vous honore et qu’on le fasse encor
Noble ami, bien longtemps après vos NOCES D’OR.

abbé Justin BESSOU

 

 

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter