Poème de Gaston Bessière (1925) : « Accablement »

Je te loue, ô sculpteur, qui taillas dans le grès
Ce fruste vigneron à la forte encolure,
Et dont les yeux semblent frappés d’une brûlure,
Pour avoir lu le nom d’un fils mort, de trop près.

Blouse à l’épaule, il vient du travail, las et triste ;
Il besognait là-haut, depuis que l’aube a lui,
La pioche et le panier gisent autour de lui
Qui se penche, accablé, sur la funeste liste.

Il est vivant, il est touchant, il est humain.
Un coeur meurtri palpite sous la dure écorce.
Car la guerre a tué son espoir et sa force…
Pourquoi donc gravir l’âpre coteau demain ?

N’allez point claironner devant celui qui souffre,
Et si vous respectez sa détresse et son deuil,
Epargnez lui les mots de mensonge et d’orgueil.
Taisez-vous, atterrés, ainsi qu’au bord d’un gouffre.

Divine paix, mûris les vignes et les blés !
C’est toi qu’il faut chérir, c’est en toi qu’il faut croire.
Dicte nous le devoir de maudire la gloire
Qui laisse, aux foyers noirs, tant de vieux accablés.

 

 

N.B. Le monument aux morts de Marcillac , érigé en 1924, est l’oeuvre du sculpteur Malet, également auteur du monument élevé, à Saint-Léons, en souvenir de l’entomologiste Fabre. Il fut inauguré le 19 avril 1925 avec le concours de nos deux sociétés musicales.

 

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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