Maître Jean Jaudon, silhouette rouergate

“L’on imagine mal Me Jaudon demeurant ailleurs que place des Vosges. Dans ce quartier du Marais, au grand siècle, voisinaient seigneurs et bourgeois, notamment ces “parlementaires”, hommes de lois et d’esprit dont la tradition s’est heureusement maintenue. Homme de loi, homme de droit, Me jaudon se confirme tel par ses succès professionnels et l’estime des confrères qui l’ont élu membre du Conseil de l’Ordre. Mais qui a pu accuser la pratique du droit de dessécher l’esprit et le coeur !

Me Jaudon pourrait décocher le trait qui égratigne ou blesse et certaines de ses boutades incitent à la prudence celui qui voudrait figurer la “partie adverse”. Mais son esprit dédaigne les succès dont quelqu’un  pourrait se plaindre, s’exprime en comparaisons amusantes, en jeux de mots étincelants. C’est pour cela que les Amicales du Rouergue et d’Auvergne se disputent sa présence à leur banquet, c’est pour cela qu’un silence attentif et souriant marque toute l’assistance au moment où il se lève, entre le rôti et le dessert.

Maître de son talent, assuré de la sympathie générale, il ne s’en donne pas à accroire. Jamais nul ne le vit pontifier et ce parleur caustique et fleuri sait écouter mieux que personne. Homme de goût, du plus sûr et du plus éclectique, il apprécie également un bon roman ou un beau match de rugby. Sous des allures de leader fougueux et acerbe il cache mal une sensibilité aussi vive, aussi fraîche qu’à 20 ans. Il faut l’avoir entendu s’inquiéter des jeunes en ces temps difficiles, évoquer telle détresse humaine et parler, comme lui seul peut le faire, des belles familles rouergates de Paris et d’Aveyron.

Car mieux que personne Me Jaudon est attaché à notre Rouergue : celui des fiers pagès et celui de la bourgeoisie ruthénoise, celui du vigneron de Marcillac comme celui des limonadiers du 11°.”

 

                              (extrait de “Le Rouergue républicain” du 3 août 1952)

 

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter