Les grandes familles ruthenoises aux vignes

« En 1696, on dénombrait à Marcillac 223 familles sans compter 44 maisons  appartenant à des habitants de Rodez qui n’y habitaient que pour les vendanges. »        (Raymond Noël – « Les Châteaux de l’Aveyron » – tome 3 –
Editions Subervie  -1978)

 

Extrait de « ‘Le vieux Rodez » – Pierre Benoit – MCMXII

 

« … Dans ces familles (les maisons bourgeoises ruthénoises), les générations se succédaient et vivaient dans le même immeuble qui finissait par porter lui-même le nom de ses habitants. Ces appellations, passées dans l’usage, ont résisté à la Révolution et à tous les changements de propriétaire.

Les Ruthénois connaissent toujours, sur la place du Bourg, les maisons de Bancarel, Azémar, Balsa-Cayla, Boisse, Carcenac et les fameuses caves du président de Séguret où il vendait son crû fameux de Cougousse ; dans la rue Marie la maison de Barrau ; sur la place de la Cité les maisons Coignac, Carrère, de Patris de Cougousse, Adhémar de Panat ; dans la rue de Corbières celle de Delauro ; dans la rue Balestrière les maisons de Saunhac, de Lavernhe, de France et plus bas celles de Nattes-Villecomtal vis-à-vis de Cassan-Floyrac ; dans l’autre Embergue celle de Maynier et au Bourguet-Nau celles de de Monseignat et de Barrau, enfin les hôtels du président de Séguret rue de l’Embergue ; de Valady rue de Corbières ; le Normand de Bussy rue Saint-Just (Maîtrise) et le Normand d’Ayssènes (Préfecture).

Toutes ces habitations se complétaient par un domaine plus ou moins important dans le Vallon, à Cougousse, Cruou, Valady ou Marcillac. A la fin de l’automne, selon l’usage, toute la famille « allait aux vignes » et y
demeurait plusieurs semaines. Elle présidait à la cueillette, surveillait
la vendange et rentrait après avoir entonné le vin. Entre temps, elle prenait part aux plaisirs et danses des vignerons, donnait de petites fêtes aux familles voisines qui invitaient à leur tour.

Cure d’air, cure de raisins, relations de bonne amitié, plaisirs sains et paisibles supérieurs à ceux que nous allons aujourd’hui chercher au loin dans les villes d’eaux ou stations de bains de mer au milieu de la foule indifférente des inconnus, des aventuriers et des mondaines empanachées ».

Extrait de « Mémoires pour servir à l’Histoire du Rouergue » – Bosc – 1797

 

« …Marcillac est environné de vignobles trés fréquentés dans l’automne par les habitants de Rodez, dont plusieurs ont, dans le vallon, des maisons de campagne et des domaines de vigne fort agréables dans lesquels ils vont jouir, pendant quelques semaines, des plaisirs de l’arrière saison. Là règne entre tous les citoyens, la cordialité, l’union, l’égalité la plus parfaite.

« Voulez-vous nous bien connaître, disait un jour un Ruthénois à un étranger qu’il avait en visite ; venez voir nos vendanges. A la ville vous nous voyez tristes, sérieux, préoccupés ; là au contraire nous sommes toujours gais, contents et sans souci. Nous nous donnons des fêtes continuelles, dans lesquelles tous les rangs sont confondus. Je vous y ferai remarquer le magistrat déposant sa gravité, à côté d’un simple citoyen ; vous y verrez le noble renonçant à ses prétentions, l’homme d’église suspendant pour un temps la sévérité de sa morale, le riche oubliant les commodités de la ville, le pauvre même secouant le souvenir de sa misère.

Mais de retour à la ville, vous nous verrez tous rentrer dans l’ordre accoutumé. Alors tel, qui deux mois auparavant, vivait de pair à compagnon, avec l’homme en place, est forcé de reprendre auprès de lui, le ton du respect et de la déférence, si toutefois il trouve l’occasion de s’en rapprocher. Nous avons beau nous retrouver ensemble, nous y sommes comme des étrangers, les uns pour les autres, et comme gens de différentes nations. Quoique réunis, nous ne nous mêlons jamais ; jamais nous ne nous confondons. Dans nos cercles, nous sommes dans une subordination sotte et gênante pour tous. L’un attend pour parler qu’on lui parle ; l’autre interroge sans discrétion ; tel qui a raison n’ose le dire ; chacun ajuste ses discours et sa contenance avec toutes les précautions qu’on pourrait garder avec des inconnus, à deux mille lieues de sa patrie. Pour si peu que vous nous fréquentiez, il vous sera aisé de juger de la vérité du tableau que je vous fais de notre manière de vivre ».

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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