Le Coup d’Etat du 2 Décembre 1851

Le coup d’état.

Le prince Louis-Napoléon, élu député à l’Assemblée Constituante au cours de l’été 1848, réalise son coup de force contre l’Assemblée, le 2 décembre 1851, date anniversaire du sacre de Napoléon 1er et de Joséphine, ainsi que de la bataille d’Austerlitz.
La nouvelle du coup d’état parvient à Rodez dans la matinée du 3 décembre. Place du Bourg, les commentaires vont bon train. Les républicains ruthénois se racontent que le président Bonaparte a fait pénétrer la force armée au sein de l’Assemblée Nationale, l’a dissoute et a fait disperser ou incarcérer les députés qui s’opposaient à ses projets. Ils sont tous d’avis qu’il faut réagir, soulever les populations, les appeler aux armes pour résister aux actes de l’administration.

Des émissaires sont envoyés dans toutes les directions, avec des lettres aux correspondants du Comité Central, pour engager les populations à la résistance. Ramond, de Sauveterre, est chargé de porter les ordres au docteur Garrigues de Marcillac.

La réaction des Marcillacois.

Le 4 Décembre, à cinq heures du matin, ce dernier rend compte, devant la commission départementale, de la mission qui lui a été confiée : « Citoyens, dès que j’ai reçu votre lettre, agissant en vertu des pouvoirs extraordinaires que vous m’aviez donnés, je me suis emparé des papiers de la mairie de Marcillac ; j’ai nommé M. Bousquet, médecin, maire ; M. Pradié, ancien notaire, adjoint ; et M. Laraussie, pharmacien, commandant de la garde nartionale. J’ai fait prendre les armes à une centaine d’hommes que je vous amène. Je les ai fait stationner en dehors de la ville et viens prendre vos ordres. Je dois en même temps vous annoncer que la garde nationale de Salles-la-Source vous arrivera aujourd’hui ».  Garrigues est remercié pour le zèle, le dévouement et la célérité dont il vient de faire preuve pour la défense de la République. Ses hommes sont placés dans les auberges du faubourg Saint-Cyrice. Pendant que le comité républicain perd du temps en palabres, le préfet réagit vite et en fait arrêter les membres. Il envoie quelques compagnies de la garnison au faubourg Saint-Cyrice pour désarmer les Marcillacois. Plusieurs brigades de gendarmerie et une partie de la grande bourgeoisie ruthénoise, qui s’était formée autour du Préfet, accompagnent les
militaires. « A la suite de quelques actes arbitraires de la part des agents du pouvoir, nous confie François Mazenc, la population faubourienne s’exaspéra au point d’engager une lutte avec la troupe et la
gendarmerie ; une grêle de pierres vola sur ces derniers, et il y eut plusieurs hommes de blessés. Tout le faubourg, hommes, femmes et enfants, prirent part à la lutte ».

Les Marcillacois, contraints de se replier, montent au centre ville où ils sont dispersés par la troupe sur la place de la Cité. Leurs dirigeants sont arrêtés. Laraussie, Bousquet et Pradié se  retrouvent écroués dans le même local. Bientôt les deux derniers sont envoyés à l’hospice pour cause d’infirmités.

Les condamnations.

Une commission mixte, installée à Rodez le 8 février 1852, juge les 80 prévenus du soulèvement aveyronnais dont 11 de nos concitoyens. Elle en condamne 17 à « l’Algérie plus » (détention) parmi  lesquels nous trouvons :

– Garrigues Hyacinthe, médecin à Marcillac,
– Lacaze Amans, perruquier à Marcillac,
– Pègues Bernard, menuisier à Marcillac,

 

et 24 à « l’Algérie moins » (relégation) parmi lesquels :

– Barre Raymond, vigneron à Marcillac,
– Bousquet Jean-Antoine, médecin à Marcillac,
– Capely Raymond, instituteur à Marcillac,
– Issaly Pierre, vigneron à Marcillac,
– Vareilles, coutelier à Marcillac.

 

Le pharmacien Edouard Laraussie et l’ex-notaire Pierre Pradié, sont condamnés à l’internement. Gabriel Andrieu, vigneron à Marcillac, est renvoyé. Le 29 avril 1852, les condamnés à l’Algérie sont conduits à Sète et embarqués vers l’Afrique du Nord. Barre et Issaly y mourront. Un décret du 3 février 1853, à l’occasion du mariage de Napoléon III, accordera la grâce aux survivants et leur permettra de rentrer.

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