Le tassou de Marcillac

(Bulletin municipal  N° 1 –  nouvelle série –  année 2008)

« A Marcillac, capitale du mansois, non seulement les vignerons, mais la plupart des habitants possédaient jadis un tassou. Les hommes bien sûr, mais pas seulement eux. Il existait le modèle « homme » mais aussi le modèle « femme » de taille un peu plus réduite. En règle générale le tassou « homme » avait un diamètre de 8 cm et une profondeur de 2,5 cm. Le modèle « femme » mesurait plutôt 7 cm de diamètre et sa profondeur était de 2,2 cm environ.

Notre tassou possède des caractéristiques qui en font un objet bien spécifique au Vallon de Marcillac.

Il est bien sûr en argent. Ce n’est pas une pièce de série. Il a été réalisé spécialement pour son propriétaire qui en a fourni la matière première et a toujours choisi la pièce de monnaie qui en décore le fond. Elle rappellera sa date de naissance, ou sa date de mariage, une campagne militaire à l’étranger… son choix n’est jamais aléatoire.

Son bord est incurvé vers l’intérieur pour retenir la dernière goutte. Son anneau soudé représente un serpent en souvenir de la légende selon laquelle une noble dame aurait, au lieu dit Foncourrieu, été attaquée, au début du XIV° siècle, par un serpent qui se serait enroulé autour d’une de ses jambes. Appelant la Vierge Marie à son secours, celle-ci serait apparue et aurait écrasé la tête du reptile. En reconnaissance, la dame aurait fait construire, sur le site, la chapelle que nous connaissons.

A sa base, le tassou repose sur une couronne en forme de cordelière. Souvent, côté extérieur de celle-ci, épousant l’arrondi du fond et en remontant vers le haut du tassou sur un centimètre environ, un décor martelé oblique, en arête de poisson, en fait tout le périmètre. Au-dessus de celui-ci, les plus beaux spécimens comportent une frise également martelée, représentant le plus souvent un décor à base de pampres.

Enfin, pour le personnaliser et le reconnaître, le propriétaire fait graver son nom devant la tête du serpent.

L’argent dont le tassou est fait jouit de la réputation d’être antiseptique. Ainsi le même tassou peut-il successivement, et sans être lavé, servir à plusieurs convives pour une dégustation de vigne » >mansois. »

 

(Extrait de « Châteaux et manoirs de France », volume V « Rouergue » – de J. de Montarnal – paru en 1936) :

« …J’aperçois le maître de Curlande au justaucorps de cuir, les grègues lâches et le chapeau à cornette incliné sur l’oreille gauche, selon la tradition de ses aïeux Armagnac par opposition aux Bourguignons.

Sitôt arrivé il fait le tour du logis où la  lumière pénètre partout où les huis « enchassillés », garnis de vitraux armoriés, ont remplacé les massives fermetures tandis que la tour d’escalier, coiffée de mâchicoulis de parade, s’accompagne d’un chemin de ronde pour jouir des vignes sans être vu.

Ayant compté son monde, il inspecte l’obscur cellier parfumé de moût, au centre duquel une vis de bois choisi commande le balancier du pressoir, fait d’un arbre à peine équarri.

Dans son escarcelle de jean de lièvre se trouve l’indispensable gobelet du vigneron au fond duquel est soudée une pièce rare et de son choix, suivant l’exemple des médailles que François 1er faisait apposer partout et qui correspondait bien avec la naissance de la numismatique au berceau. Ce « tassou » de forme méplate, muni d’un petit anneau pour le suspendre ou l’attacher, venait, comme tous les petits cadeaux, coffrets à bijoux ou patenôtres, de Villefranche-de Rouergue, pays où le voisinage des mines argentifères avait fixé les monnayeurs et les « orfeuvriers » civils et religieux… ».

 

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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