Le recrutement des soldats de milice

(Extraits de « Témoignages sur Marcilhac sous le règne de Louis XIV », par Claude Landès).
« Avant 1688, les historiens s’accordent pour dire que la milice n’était instituée que dans certaines provinces pour la défense des places. A cette date, Louvois, ministre de la guerre, lui donna un caractère obligatoire : chaque paroisse devait fournir un milicien par 2.000 Livres de taille. Ainsi en 1689, les milices provinciales fortes de trente régiments comprenaient vingt -cinq mille miliciens : elles eurent pour rôle de fournir des troupes auxiliaires bon marché pour décharger l’armée de tâches qui n’étaient pas proprement guerrières. Ces hommes, initialement désignés par une décision de la communauté, furent, à partir de 1692, tirés au sort (ils avaient tiré un billet noir) parmi les célibataires seuls, puis bientôt parmi les jeunes mariés, les célibataires ayant disparu. Les villes et les privilégiés étaient exemptés. L’effectif des milices s’accrut et doubla en 1697 par rapport à 1689. A partir de 1701, certains miliciens ne formaient plus que des troupes de deuxième catégorie mais furent envoyés au feu comme les volontaires ; l’armée royale s’en servait pour combler ses pertes, là où il lui était difficile de recruter. Aucune des promesses faites aux miliciens n’étant tenue, les jeunes gens fuyaient ce service et les parents payaient des remplaçants, hommes en général peu recommandables. Les difficultés auxquelles sont confrontés les consuls pour recruter les recrues figurent au fil des années dans les comptes de gestion ainsi que les ordonnances de plus en plus sévères de l’administration royale pour réprimer l’évasion des recrues.

…Le consul Pierre Ferrier fait tenir, le 29 janvier 1691, une assemblée de la communauté pour désigner deux soldats de milice suivant les ordres du marquis de Bournazel, appliquant les directives de l’intendant. Les hommes désignés sont Tarayre et Manhaviale, mais ce dernier étant manquant, le nommé Burg est pris à sa place. Le consul va partir avec les deux hommes pour aller les présenter au marquis quand Burg le bouscule et s’évade. Aussitôt se déclenche un avis de recherche affiché dans les lieux publics.
…Résigné à servir à la milice, Burg se présente le 4 février et le consul le conduit à Aubin avec Tarayre en compagnie du valet des consuls : ils font route par Glassac, déjeunent chez Agar Noël à cet endroit, dînent à Aubin et couchent à Cransac. Les soldats ont dû être présentés au marquis, mais Burg est resté prisonnier pour avoir été déclaré déserteur. Le commissaire du Roy fait parvenir à la communauté l’ordre de lever les soldats de milice et de les amener à Rodez sous la menace de loger des gens de guerre en cas de retard. …Revenant sur la date initialement prévue, le commissaire renvoie un autre ordre aux consuls pour la présentation des soldats de milice. … Respectant les ordres et les délais, Ferrier, consul, emmène Tarayre à Rodez, le 25 mars, déjeunant à Souyri, couchant à Rodez, pour l’incorporer dans la milice. Le commissaire aux armées, le 29 mars, considérant que Burg, prisonnier, ne sert pas dans la milice, envoie, comme indiqué dans la directive, un cavalier loger à Marcillac pour six jours. Pour accomplir son logement, le consul lui paye 6 L. ainsi que sa dépense chez l’aubergiste Lacayrie de 3 L.

« …Voulant  se plaindre auprès de Mr de Bournazel du logement du cavalier, il fait le voyage àBournazel, le 29 mars, pour trouver le marquis et se déplace avec lui à Aubin. Sa démarche n’aboutit pas et il doit trouver un autre soldat. C’est un nommé Bressou qui est désigné, le 30 mars, en faisant pression sur lui et ses proches. Le lendemain Bressou se présente et est conduit à Aubin pour le montrer au seigneur de Bournazel en compagnie du valet des consuls.  Ils sont de retour le soir même à Marcillac. Le 2 avril, Bressou est conduit à Rodez et incorporé dansla milice. Tant à Tarayre qu’à Bressou, la communauté leur fournit un équipement qui comporte deux chemises pour 3 L, une paire de souliers pour 3 L, des cravates, une noire en taffetas et deux en mousseline de 34 S, deux noeuds de ruban noir de 20 S, un havresac, un pare-bas de toile de 1 L. 4 S, un fourreau d’épée de 10 S et 20 L. 19 S. d’argent à Tarayre ainsi qu’un ceinturon de 40 S. à Bressou.  Aux difficultés rencontrées pour recruter deux soldats, au mois de mars, le consul se voit signifier un ordre par le commandant en Guyenne des armées . …Mais il semblerait que pour ce recrutement de huit personnes Ferrier, le consul, ait eu moins de difficultés, peut-être s’agissait-il de rester sur place ou de garder des places fortes situées dans  la région, et non d’aller combattre ».

« …Chacun des soldats se voit remettre deux chemises, deux rubans, deux cravates, un carton de poudre, deux pierres à fusil et un fourniment pour tenir la poudre ainsi que des ceinturons, une épée avec son fourreau et, certainement, un fusil, fusils que la communauté devait avoir en réserve.

…MILICE en 1693      L’ordre de Monseigneur l’Intendant étant que toute jeunesse doit être tirée au sort pour participer à la milice, le consul se trouve embarrassé par le refus d’incorporer Noël Espalivet que le lieutenant de la compagnie a récusé parce qu’il le trouve trop petit. Il le remplace et prend deux jeunes parmi les forts pour les  conduire à Rodez sous escorte de cinq hommes armés.

…MILICE en 1694       Le consul Mommèje verse la somme de 94 L, à raison de 30 L. chacun, aux nommés Pierre Barre, Pierre Tarayre et Guilhaume Cantaussel, soldats de milice au régiment de Mr de Bournazel, et de 4 L. de dépenses chez  l’hôtelier Lacayrie avant leur départ pour les conduire et présenter à Rodez à Mr de Bournazel.

…MILICE en 1695       Comme les autres années de guerre, la ville de Marcillac doit fournir deux soldats de milice, qui sont Mouneau et Aussel, qui sont arrivés à Rodez le soir du 27 Mars 1695 ; le chemin suivi passe par Onet où ils ont pris une collation. Mais le 19 avril, un ordre arrive de fournir deux nouvelles recrues, à la place des deux premières qui sont malades et hors d’état de pouvoir marcher. Le consul recrute le nommé Bernard Orcinal, qu’il fait garder par quatre hommes, d’abord à Marcillac, puis le fait conduire à Rodez ; devant le notaire Rudelle, il lui fait signer un engagement de servir pendant la campagne moyennant la somme de 14 L. qui lui est versée sur le champ et lui achète une chemise et un ruban pour son équipement. Dans sa reddition des comptes, le consul relate qu’il se retrouve, le 9 mai, à rechercher Orcinal à Muret pour récupérer l’argent versé, étant donné qu’il avait déserté de la compagnie mais qu’il s’était  marié entre temps (pour, sans doute, échapper au service de la milice).

…MILICE en 1701        Le consul Buisson a acheté des recrues, dont un nommé Anthoine Maillebuau, mais il s’avère que ce dernier a déserté à Limoges et l’intendant le somme de trouver un remplaçant.

…MILICE en 1702        Claude-Joseph Barre, consul, accompagné de Pierre Picou, chirurgien de Marcillac, rendent visite, le 22 février, à Jean Capély, à Rodez, dans la prison du Bourg. Capély avait été nommé comme soldat de la communauté et  » disait être malade et ne pouvait marcher ». Picou examine Capély et fait un rapport où il le déclare apte au service.

…MILICE en 1703        Le consul Barre éprouve des difficultés pour effectuer le recrutement de la milice, « les habitants de notre paroisse qui étaient propres à venir, s’étant évadés », de ce fait il a écrit à Vaysse, notaire de Clairvaux, pour recruter quelqu’un. Un soldat se présente à Marcillac et Barre le conduit à Rodez devant Mr de Séguret, subdélégué de l’intendant, qui veut obliger le consul à être caution du soldat moyennant 100 L.  Le consul renonce à ce recrutement.

…MILICE en 1705        Le recrutement s’effectue de plus en plus difficilement sous la menace de sanction des galères ; la durée du service est de trois ans, moyennant quelques compensations pour les recrues. François Bluche, auteur de « La vie quotidienne au temps de Louis XIV », rapporte que de 1680 à la fin du règne, 36.000 personnes sont envoyées aux galères, soit près de 1.000 par an, dont près de la moitié sont des déserteurs des armées.

…MILICE en 1707        Pierre Ferrier consul, le 27 décembre 1707, fait capturer le nommé Laserre, vigneron de Marcillac et, le lendemain 28, François Boularot, de Banes, pour les conduire à Rodez.  Pour ne pas suivre le droit chemin, ils passent par Nuces. Il les présente, le 29 janvier, au sieur de Séguret qui ordonne de les mettre en prison. Pour leur solde de dix jours il est payé à chacune des recrues 40 S. et 30 S. pour étrenne. Le 9 janvier, une lettre du subdélégué avise le consul que Boularot est récusé. Pour le remplacer, il fait capturer le nommé Jarrelle, vigneron, chez Henry Moly. Celui-ci refuse de marcher. Il loue un cheval pour le transporter jusqu’à Rodez où il est conduit en prison. Le 18 janvier, Séguret avise le consul que Laserre n’est plus en état de servir car il a « du mal à une jambe que lui-même s’était procuré par le moyen de quelques herbes ». Le 24 février, Baulès Garrélou, valet du meunier de Lendrevie est capturé, emmené à Rodez et Séguret le fait mettre en prison. L’équipement de chacun des soldats se monte à 15 L. en argent comptant ; de plus le commissaire est payé 5 L. pour le droit de réception.

…MILICE en 1709          Le consul reçoit de l’Intendant la même ordonnance que celle de 1705, sauf qu’un paragraphe est ajouté permettant de  se dispenser de fournir des recrues moyennant le paiement d’une somme fixée par l’administration royale ».

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