LE LIADOU, couteau des vignerons de Marcillac

Le Liadou, rival du Laguiole.

Jean Delagnes, fils du Vallon de Marcillac dans l’Aveyron qui est un pays de vignes, se souvient aussi du liadou, qu’il dit être rival du laguiole et qu’employaient les vignerons
« A Marcillac, comme partout ailleurs en Rouergue, le laguiole est largement utilisé avec toutefois un rude concurrent, l’opinel, apprécié tant pour sa rusticité et sa qualité que pour la modestie de son prix. Sur le Tour de Ville, le bureau de tabac de madame Noyer présente un très bel assortiment de laguioles de même que la quincaillerie tenue par monsieur Bex. Ce dernier qui aime et connaît les belles lames, me montra, il y a quelques années, un bien curieux couteau fermant qui, sous le nom très local de « liadou », était jadis, bien plus que le laguiole, le compagnon inséparable des vignerons du Vallon.

Conservé à l’état de neuf, le liadou de monsieur Bex, dont la lame est marquée « 55 Sauzède-Angély » se présente comme un couteau sympathique, d’aspect rustique et de bonne taille puisqu’il mesure fermé douze centimètres. Equilibré et d’une prise en main parfaite. Il ne manque pas d’élégance avec son manche légèrement cambré et sa solide lame en « pied de mouton » au redoutable tranchant quasi rectiligne. Les côtes en corne de vache sont montées « plein manche » sur de fortes platines de fer armées d’un puissant ressort. Enfin, à la manière d’un pradel, le liadou s’ouvre et se ferme en deux temps, le talon de sa lame étant carré.

Selon monsieur Bex, Sauzède-Angély à Thiers fabriquait encore ce couteau juste avant la dernière guerre, spécialement pour la région de Marcillac. Cela n’est guère surprenant quand on sait qu’au début du siècle, la maison Therias, également thiernoise, produisait pour le Nord-Aveyron le saint-amans, un très proche parent du laguiole dont il serait passionnant de retrouver la trace. … »

(Extrait de la « Lettre de l’Académie du couteau de Laguiole » N°7 – 1995)

Le Liadou, un couteau confidentiel.

L’histoire débute ainsi. Jean-Luc Matha, vigneron à Bruéjouls et passionné par l’histoire des vignerons de Marcillac aperçoit, dans la main d’un collègue, lors d’un repas, un couteau rustique qu’il n’avait pas vu depuis l’enfance. Le Liadou, du nom occitan que lui donnaient les anciens, servant à lier la vigne de décembre à avril. C’était l’outil de l’année. « Chaque vigneron en avait un dans la poche, explique Jean-Luc Matha. Il servait, bien sûr, pour les nombreux casse-croûte mais aussi et surtout, grâce à sa forme large (NDLR : en forme de feuille de sauge et manche en pointe de corne très résistante), à écarter les branches d’osier, sans les casser. Ces dernières étaient ensuite utilisées pour lier les ceps de vigne ». Le couteau fit pâlir de jalousie le vigneron qui s’empressa de demander à son ami où il l’avait trouvé. Une question à laquelle il ne pensait pas trouver de réponse, si ce n’est « dans un vieux tiroir ou une brocante ». Et pourtant. « Je l’ai trouvé chez Jean-Louis Leguerinel, un coutelier, qui réalise des pièces uniques à Conques », lui répondit son collègue. …

…Le Liadou est particulier car si son manche en pointe de corne, très dense, servait à fendre l’osier sans le casser, sa lame large en forme de feuille de sauge était très pratique aussi bien pour les travaux domestiques que pour la table. « Sa lame large était très utilisée pour tartiner, un exercice qui s’avère beaucoup plus compliqué avec des lames fines coimme celles du Laguiole. Ce couteau, c’est l’opposé de l’élégant Laguiole », précise le coutelier. Un couteau simple, trapu, comme les hommes qui l’utilisaient, mais une fabrication qui demande tout de même trois heures pour une seule pièce d’environ 120 grammes. Il faut forger la lame, réaliser le ressort (pour les couteaux fermants), les platines, le manche et donner forme au tour grâce à un savoir-faire et un oeil d’expert. …

(Extrait de « Centre-Presse » du mardi 10 avril 2007 – article signé Ludovic Lafon)

N’ayant pas été totalement étranger à la renaissance du couteau dit « liadou », je voudrais apporter ici quelque complément à l’excellent article de Ludovic Lafon (Centre-Presse du 10 avril 2007).

Il y a déjà quelques années, M. René Bex, alors quincaillier à Marcillac, connaissant l’intérêt que je porte aux vieilles lames régionales, tint à me montrer une pièce de sa collection personnelle. Il s’agissait d’un sympathique couteau d’aspect massif et rustique que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer.

De finition plutôt sommaire, ce couteau se caractérisait cependant par une parfaite prise en main et une lame robuste, large, à la pointe surbaissée et au tranchant redoutable. M. Bex me précisa que ce couteau, fabriqué autrefois à Thiers par les établissements Sauzède-Angely, était très apprécié par les vignerons du Vallon de Marcillac qui lui avaient donné le nom de « liadou » en raison de l’usage professionnel qu’ils en faisaient. M. Bex eut l’amabilité de me confier ce couteau dont je fis un dessin très précis que je garderai dans mes archives faute d’en posséder un exemplaire dans ma collection.
Quelque temps plus tard, lors d’une visite à Conques, je parlais du liadou à Jean-Louis Leguérinel, coutelier que je connaissais pour la grande qualité de ses fabrications authentiquement artisanales.

D’emblée, Jean-Louis Leguérinel fut intéressé et eut bien vite le désir de ressusciter ce couteau oublié qu’il ne connaissait pas.

Aidé de mon dessin et d’un très vieux liadou, assez fatigué, aimablement prêté par l’un de mes voisins ; notre coutelier se mit au travail.

Si la rusticité originelle, non dénuée d’élégance, était conservée, le nouveau couteau parfaitement fini et ajusté, gagnait en qualité.

De robustes platines en acier inoxydable, un puissant ressort et des plaquettes en pointe de corne montées sur rosettes assuraient à l’ensemble une grande solidité et à la lame une bonne tenue ; qualités que ne possédaient sans doute pas les modèles anciens avec leurs minces platines de fer et leurs plaquettes en mauvaise corne pressée.

Que dirai-je de plus sinon que j’ai été l’un des premiers enfants du Vallon à pouvoir à nouveau glisser un liadou dans sa poche ; Jean-Louis Leguédinel ayant eu l’élégance de m’offrir l’un de ses premiers-nés en échange, tradition oblige, d’une très menue pièce de monnaie.

(Extrait de « Centre-Presse » du 22 avril 2007 – article de Jean Delagnes, Marcillac)

L’ancêtre du liadou.

Monsieur René Bex, retraité, et troisième génération de quincailliers à Marcillac, nous a montré un liadou fort ancien qu’il possède, dont la lame est frappée : BEX MARCILLAC

Ce couteau de même dimension que celui décrit ci-dessus, s’en distingue toutefois, au talon de la lame, par un appendice d’un petit centimètre environ en alignement du dos de la lame.

C’est probablement l’ancêtre de notre liadou. Cette famille de quincailliers les commanda ensuite chez Sauzède-Angély qui frappa les lames de son nom.

Originally posted 2013-01-01 15:29:43. Republished by Blog Post Promoter