Le KAMOURASKA un « transatlantique » en carènage à Marcillac.

« …Avec son ami Jean-Pierre Rocher, couvreur, demeurant à l’époque à Salles-la-Source, Serge (Amans, un Marcillacois passionné des gréements romantiques) a entrepris la réalisation d’un voilier de 12,50 m pas moins (le « Kamouraska »).

C’était en septembre 1980. Comme il ne connaissait rien à la construction navale, Serge Amans a demandé aux chantiers Sirven, installés à Aigues-Mortes, de lui fabriquer une coque tout en bois, en employant les techniques en vigueur au siècle dernier  et jusque dans les années 1930. La mer c’est du sérieux. Il fallait une coque solide et c’est la seule partie du bâteau qu’un amateur peut difficilement faire lui-même, sauf s’il sait très bien nager… Tout le reste, pont, gréement, mâts, ferrures et aménagements intérieurs, ont été élaborés dans une arrière-boutique ruthénoise, au 43 rue Béteille, d’après des plans dessinés en 1926 par un architecte naval californien, John Hanan. Presque tout un « Tahiti ketch » de 9,15 m de long au pont. Et de septembre 1980 au 11 mai 1981, date de la mise à l’eau de la coque dans le port d’Aigues-Mortes, Serge Amans et Jean-Pierre Rocher ont transporté pièce par pièce tous les éléments du bâteau, de Rodez jusqu’au bassin de carène, où ils les ont assemblés. Et si le ketch était naviguant à peine un an après la décision de sa construction, il a fallu attendre 1982 pour qu’il soit prêt à affronter sa première traversée.

Avant le grand départ, les aménagements ont été faits à flot, toujours par nos deux amateurs dans le port d’Aigues-Mortes. Il, y a cinq ans et quelques semaines, Serge et Jean-Pierre ont enfin embarqué sur le « Kamouraska ». Cap sur le détroit de Gibraltar, puis sur les Canaries et les îles du Cap Vert, en plein Atlantique, ensuite les Antilles. En février 1983, ils étaient à Trinidad, pour un carnaval moins célèbre que celui de Rio, « mais tellement plus authentique » raconte Serge.  Une année sabbatique, c’est plus court qu’on ne croit, « surtout en mer » regrette-t-il. « Des mois en bâteau, c’est comme une semaine à terre. La mer, c’est le paradis. Tu n’as personne, pas un gêneur… Tu peux pas savoir ! Le cerveau s’adapte au rythme du voilier, tu ne t’ennuies jamais. Tu peux passer une journée sans rien faire, alors qu’à terre, une heure à attendre…! »

Il a fallu déjà penser au retour à peine 200 jours après avoir levé l’ancre. Le « Kamouraska » a fait voile vers la France, en croisant  à nouveau dans les eaux des Antilles, puis celles des Açores, de Gibraltar, des Baléares… Il a achevé un premier voyage long de 20.000 miles (près de 40.000 kilomètres) et qui a duré 11 mois. C’était début 1983. « J’avais promis à mes parents que je serai là pour la fête des mères » se souvient Serge. Depuis, « Kamouraska » a bien changé. Jean-Pierre a revendu sa part de bâteau  à son coéquipier qui l’a mis en carène…dans un jardin, à Marcillac (à Ady) ».

Là, Serge a refait le pont en « iroko » – « le teck des pauvres » plaisante-t-il – un roof en latté et tout l’intérieur pour qu’il soit plus confortable. L’aménagement comprend maintenant une soute à voile à l’avant, une cabine à couchette double faisant face à un placard, une petite salle de bains avec de vraies toilettes, un carré pouvant facilement accueillir 6 à 7 personnes (il en a reçu jusqu’à une quinzaine le temps d’un apéritif), un bar, un coin cuisine et sa gazinière à trois feux, une table à cartes lui faisant face, et à poupe du bâteau une seconde cabine à deux couchettes. Grâce aux deux banquettes du carré, le « Kamouraska » peut recevoir six passagers, confortablement. Il était un peu plus spartiate avant transformation.

Le voilier de Serge Amans est maintenant ancré à Gruissan, à côté du « Patchwork », un autre vieux gréement comme on appelle ce type d’unité… »

(Jean-Marie Poujol)

 

(Extrait de Centre-Presse -15 octobre 1987)

 

 

Photo de Arnaud Millot 

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