La révolution de 1789

« La grande poou » (la grande peur).

En juille1789, les évènements de Paris font courir, à travers la France, les bruits les plus alarmants. Une terreur panique, « la grande poou », parcourt le pays. La nouvelle vole de villes en villages, que des brigands accourent et saccagent tout. Rodez se met en état de défense. Le commandement de la ville est donné à Monsieur d’Allichoux, ancien major du Vexin. Un conseil formé à la hâte s’établit en permanence au collège. Monsieur de Monseignat prête 1.200 livres pour les besoins urgents.
Dans l’après-midi du 1er août, les gens du faubourg accourent troublés, annonçant que l’ennemi arrive, qu’ils l’ont vu, qu’il est aux portes. On appelle aux armes.
Le capucin Chabot parcourt les rues, une hache à la main, pour rallier les combattants.

On apprend bientôt qu’il s’agit des citoyens de Marcillac, alarmés eux aussi, qui viennent porter secours… ou en chercher à Rodez.Maintien de l’ordre.  L’année 1790 débute par des troubles et des attentats. En février, le conseil permanent de Rodez décide de former une colonne mobile de 455 hommes à pied, dont 50 de Rodez, et de 100 hommes de cavalerie. Marcillac envoie 6 hommes au chef-lieu pour en faire partie. Cette colonne va parcourir, sur un itinéraire déterminé, « les pays menacés par le soulèvement  mené par des émissaires qui  parcourent le Rouergue de village en village, proclamant l’abolition  des droits seigneuriaux, engageant les paysans à raser les châteaux, brûler les  archives et à porter à Paris la tête des nobles ».
Elle se dirige le 19 février vers Marcillac où elle couche. Elle prend ensuite la direction de Saint-Cyprien et Firmi où elle abat la potence. Elle continue par Bournazel et Rignac et, ramenant sept prisonniers, rentre le 22 à Rodez, « sans avoir remporté de victoire, mais après avoir éclairé les paysans séduits, rassuré les honnêtes citoyens, effrayé les brigands, garanti du pillage et des flammes, non seulement les châteaux mais encore les maisons où il y avait du butin à faire ».

Organisation.

A sa création, le 25 janvier , le département de l’Aveyron est divisé en 9 districts, composés chacun de 9 cantons. Le
district de Rodez comprend les cantons de : Cassagnes-Bégonhès, Clairvaux, Concourès, Flavin, Marcillac, Moyrazès, Rodez et Salars. Le canton de Marcillac compte 12 communes et 5.232  habitants.

152  électeurs des districts du département de l’Aveyron sont choisis. Pour le canton de Marcillac ce sont Blazy, Campergue, Foulquier, Ségala et Louis Vialar de Solsac.
136 délégués, pris dans les neuf districts de l’Aveyron, sont choisis pour représenter les gardes nationales aveyronnaises à la fête de la fédération du 14  juillet 1790 au Champ de Mars. Pour notre canton, ce sont les cinq mêmes. Le 3 mai 1790, Noé, médecin à Marcillac, signe l’acte constitutif de la « Société des amis de la Constitution » de Rodez.

 

Administration.

La vente des biens « nationaux » confisqués aux religieux débute en février 1791. Blazy écrit, un jour de 1791, au président de le Société populaire de Rodez pour dénoncer la municipalité  de Valady au sujet de sa « morosité », peut-être de son refus à faire afficher les décrets de l’Assemblée nationale et publier l’instruction concernant les fonctionnaires publics ».
Jusqu’en 1792, c’était le clergé qui avait tenu les registres d’état-civil. Le dernier signataire des registres paroissiaux est Noé, prêtre assermenté, qui a remplacé, en 1790, Dozilis et Travassac, réfractaires.
Le premier acte d’état-civil rédigé par la municipalité de Marcillac est daté du 6 janvier 1792. Puech, officier public, inscrit ce Jour-là la naissance de Jean-François Périé.  Le 19 décembre 1792, le conseil général départit, à la commune de Marcillac, la somme de 18.000 livres de petits assignats pour exécuter des travaux.
Barre est élu comme maire, en 1793
Le conseil général de l’Aveyron décide, le 14 janvier, d’établir des comices et des concours et en précise le fonctionnement. Marcillac crée le sien.  Le 17 février 1793, la Société des amis de la liberté et de l’égalité de Marcillac tient sa première séance à une heure de l’après-midi, dans la Chapelle des Pénitents. Ce n’est pourtant que le 24 février que la municipalité  » autorise les citoyens de la commune qui entendent former une société des amis de la liberté et de l’égalité à tenir provisoirement leur assemblée dans la chapelle des ci-devants pénitents ».
Dans sa séance du 19 février, les membres de cette société populaire décident d’adhérer à la Société de Rodez à laquelle ils écrivent : « Frères et amis, les citoyens de Marcillac, presque tous cultivateurs, journellement occupés à des travaux de la campagne, n’avaient pas véritablement formé, jusqu’ici, une Société. Seulement, certains soirs de la semaine, nous nous assemblions au son de la cloche pour nous délasser des fatigues de la journée à la lecture des papiers-nouvelles. Mais aujourd’hui, un instinct républicain nous y invite ; ces sociétés qui ont sauvé la chose publique, doivent se multiplier jusque dans les hameaux, puisque les dangers de la patrie continuent encore… Nous nous égalons en patriotisme, mais vous nous surpassez en lumières. Faites-en,  de temps en temps, rejaillir quelques rayons sur nous ; vous nous éclairerez sans doute. Les sentiments républicains ne dédaignent point les amis rustiques ».

Les clochers doivent être détruits.

Le 28  février 1793, notre Société vote une motion par laquelle elle invite la municipalité, conformément à l’article 11 de  l’arrêté départemental du 22 octobre1792, à faire des visites dans certaines maisons suspectes, « attendu que des prêtres réfractaires s’y réfugient et fomentent dans les esprits les troubles et le désordre ».  Deux commissaires sont nommés à cet effet. Au cours de ses premières réunions, notre société de sans-culotte décide, le 9 pluvoise an II, « la démolition de la petite flège servant de cy devant clogé aux cy devants pénitants » et nomme Barlié fils et Pradier fils comme commissaires à cet effet.  Le 10 pluviose, elle arrête « alunanimité lasamblée se trouvent très nombreuze que la flèche du Clocher de Léglise parroissialle sérret detruitte Dessandue… » Le procès-verbal de la réunion du 17 ventôse an II nous apprend que « la démolition de celluy de Foncourieu et a lordre du jour et quant a celluy de léglise sidevant parroissialle nous avions cru pouvoir nous en rapporter aux ségont arrété de chateauneuf, vueu la denge la difficulté et les dépances que cette démolition ocazionérét que néanmoins la municipalité cerét invité a y fairre procédé si les autorités supérieures
lésiget… »

La tourmente.

Notre « club », c’est ainsi qu’on appelle notre société patriotique, renouvelle souvent ses présidents. A l’origine nous trouvons à sa tête Manhaviale, remplacé  en brumaire par Campergue, auquel succède Noé, curé assermenté, en frimaire.
Le 17 mai 1793, quinze hommes s’engagent dans l’armée des 300.000 volontaires organisée par Lazare Carnot. Ce sont Pierre Durand,conducteur de travaux publics, Louis Manhaviale de Malviès, officier de santé, Joseph Arras, chapelier, J.L. Couzy, Pierre Poujol, Pierre Clerc, Antoine Rieucaud, Alexis Barlier, Jean Campagnac, Paul Vergne, Jacques Fontanier, Antoine Bouissou, Antoine Mouly, Firmin Babec, et Jean Causse.
La chapelle de Saint-Pierre-Nacelle est vendue comme bien national, pour 360 livres. Cette même année 1793, la chapelle de Foncourrieu est pillée. La statue (en bois peint du XIV° siècle) de la Vierge de Foncourrieu est sciée en son milieu. Les révolutionnaires en brûlent la partie inférieure. Une femme courageuse cache l’autre moitié dans un sac et la garde chez elle jusqu’à la fin de la tourmente.

La terreur.

Au temps des vendanges, on en vient à manquer de main-d’oeuvre, au point que les reclus de Rodez sont autorisés à aller préparer et faire les vendanges à Cruou et à Cougousse. « On autorisera d’abord les femmes à sortir de Rodez, nous dit  Henri Enjalbert,  puis, quelques pots-de-vin aidant, sans doute, les hommes partirent eux aussi pour les vignes ». 
Le club de Marcillac adhère à la Convention nationale en octobre. En même temps, le citoyen Séguret fils, de la Vaissière et, avec lui, tous les autres propriétaires du causse « seront dénoncez au citoyen commissaire de la convention pour avoir vendu à des prix exhorbitants du mauvais ou du bon froment aux habitants de Marcillac ». Le 14 décembre 1793, Blazy, de Solsac, procureur syndic du district de Rodez, dénonce en ces termes le citoyen Barre, maire de Marcillac, aux triumvirs Périé, Lagasquie et Lagarde :
          « Je serais un lâche, indigne de porter le nom de républicain, si je ne vous dénonçais ce que je sais depuis hier du maire de Marcillac. Il y a environ deux mois que ce maire, ayant chez lui le citoyen Barlier, juge de paix, lui disait en présence de plusieurs personnes, qu’il signerait la contre-révolution ou le fédéralisme de son sang. Le citoyen Barlier, qui a eu depuis une attaque de paralysie, mais qui dès cet instant cessa de mettre les pieds chez lui, ne se rappelle pas bien s’il s’est servi du terme « contre-révolution » ou « fédéralisme », mais l’un ne mérite pas plus de grâce que l’autre, dans une République, une et indivisible, telle que nous avons juré de la maintenir en acceptant la Constitution. Pour vous donner une idée de ce Monsieur, il faut que vous sachiez qu’il a été compris au rôle des gens suspects dressé en vertu de l’arrêté des représentants Bô et Chabot pour une somme de 8.000 livres. Je vous rappellerai encore un propos tenu par les vrais aristocrates de Marcillac, dont le nombre n’est pas grand, car je doute qu’on y en compte dix, en y comprenant le Maire : « Nous ne risquons rien, nous avons le Maire et le Procureur de la commune pour nous ». Du reste, je connais d’autres faits contre Barre que le propos ci-dessus, et sur lequel le sans-culotte Campergue, que vous venez de nommer membre du district, peut vous donner connaissance. Je vous signale encore comme témoin le citoyen Noé, officier de Santé et membre actuel du Conseil du département ».Les frères de Barrau nous livrent le commentaire suivant :

 « Le citoyen Barre, surpris de la violence avec laquelle son voisin de Solsac le livrait au bras séculier, voulut faire tête à l’orage. Il comptait de nombreux amis dans son canton et ceux-ci s’émurent aussitôt en sa faveur. Le comité de surveillance de Marcillac se réunit, le 28 frimaire (18 décembre 1793), et déclara, dans une protestation consignée sur ses registres, que le citoyen Barre était incapable d’avoir tenu le propos qu’on lui attribuait, qu’il avait dit au contraire, lors de l’acceptation  de la Constitution, qu’il était prêt à la sceller de son sang, que dans toutes les occasions, il avait donné des preuves du plus pur patriotisme. 
« La  municipalité de Marcillac, prenant également fait et cause pour son maire, délibéra le même jour dans le même sens, attestant que le citoyen Barre avait fait des sacrifices pour la chose publique et s’était toujours montré excellent républicain. Elle demandait, en terminant, que le dénonciateur Blazy fut tenu de faire les preuves de ce qu’il avançait ; elle commissionnait deux de ses membres, Puech et Pradié, pour porter l’extrait de sa délibération aux commissaires civils.  « Il existait à Marcillac une société des « Amis de la Constitution ». Cette société s’assembla, délibéra et formula de même une protestation en faveur de Barre, certifiant son très haut civisme et toutes ses vertus républicaines. 
« Rien n’y fit ! Les commissaires, mesurant leur confiance sur la réputation de parfait terroriste que s’était acquise le dénonciateur, tinrent toutes ces protestations pour non avenues et frappèrent Barre, coup sur coup, de suspension, de destitution et de réclusion ! Ils affectèrent même de charger Blazy de mettre ces divers arrêtés à exécution.
« Mais les colères de l’irascible procureur syndic n’étaient pas encore assouvies, la résistance des corps constitués de Marcillac l’avait monté à ce point, qu’il écrivit une fois de plus aux Commissaires, leur exposant que le cas de Barre lui paraissait assez grave pour mériter son renvoi devant le tribunal révolutionnaire de Paris.

« A l’appui de sa requête, Blazy produisait des motifs comme celui-ci : Barre avait des rentes à locatairie, qui lui ont été remboursées pendant le cours de cette année. Il a fait insérer dans l’acte de rachat que si les rentes venaient à être rétablies, il se réservait tous ses droits. « Autre grief : « Le scélérat Flaugergues, ci-devant président du département, qui a fait plus de mal que Charrié, allait avec la plus grande confiance, du temps du fédéralisme, loger chez Barre ! »

« Pouvait-on refuser quelque chose à un homme qui invoquait de pareils motifs pour perdre un de ses voisins ? ».

L’année 1793 se termine en pleine  » terreur ». La guillotine a déjà fonctionné à Rodez.

A l’aube de 1794, le clocher de la Chapelle des Pénitents a été abattu jusqu’à la hauteur de la tribune. Le 14 pluviose an II (3 février 1794) l’agent national fait lecture au conseil municipal de l’arrêté de Chateauneuf-Randon, (représentant du peuple dans notre département), qui porte entre autres dispositions que les clochers seront démolis jusqu’au faîte du toit des églises. L’exécution de cet arrêté est requis par l’agent, d’après une délibération prise par la société républicaine de la commune. Partant, le conseil « arrête que la flèche du clocher de l’église paroissiale de cette commune sera démolie jusqu’à la galerie, et ce, le plus tôt qu’il sera possible et lorsque la saison le permettra ».

Le clergé réfractaire.

Augustin Dozilis, curé et vicaire forain de Marcillac, refuse, en 1790, de prêter le serment schismatique et se retire dans sa famille. Né à Sonilhac, près de Saint-Côme, le 9 juillet 1722, il avait été envoyé à Marcillac, le 25 septembre 1746, aussitôt après son ordination, auprès de son oncle, l’abbé de Falguières, dont il fut le vicaire pendant onze ans. Il lui succède le 30 juin 1757, ne cessant de mériter l’estime et l’affection de ses paroissiens pendant les 34 années qui précèdent la constitution civile du clergé.Arrêté le 11 mai 1790, par les séides de la Révolution, il est amené en réclusion à l’ancien couvent Notre-Dame de Rodez. Le 1er novembre 1793, âgé de 71 ans, on le conduit à Figeac, avec ses compagnons de captivité, où il est soumis à de cruelles épreuves.

Ses anciens paroissiens apprennent qu’il manque de nourriture. Une fille dévouée recueille une provision de farine, en charge un âne, et le conduit à Figeac pour venir en aide au pasteur en détresse.
Après la chute de Robespierre, il est transféré au couvent de l’Annonciade à Rodez, où il meurt, le 22 août 1794, victime des cruelles souffrances qu’il a endurées.
Son frère, Géraud Dozilis, qui avait été longtemps son vicaire, quoique plus âgé que lui de trois ans, fut aussi son compagnon de captivité et mourut à Figeac. 

Pierre Travassac, second vicaire d’Augustin Dozilis, continue pendant toute la durée de la tourmente à exercer son ministère. Il se réfugie souvent à Saint-Cyprien, d’où il est originaire, et sert la paroisse d’Arjac de 1792 à 1794.

Après la terreur.

Le 17 frimaire an III (7 décembre 1794), la société populaire décide que la lecture des nouvelles, lors de ses assemblées,  « sera faite désormais en français et en patois les jours de repos, et en patois seulement les jours de travail, motivé sur ce que le plus grand nombre de sociétaires ne comprend pas le français et qu’il n’est personne qui n’entende le patois ».Le 4 mars 1795, elle nomme deux commissaires qui sont chargés « d’inviter avec insistance la municipalité de s’occuper sérieusement à la réclamation et revendication des objets dilapidés dans lesdites églises de la commune »;

Des actes de chouannerie sont signalés près de Marcillac. « Dans la nuit du 11 messidor, une quarantaine d’individus armés forcérent la maison de Palous, à Fijaguet, dans la commune de Nuces, canton de Marcillac et la dévastèrent de fond en comble. On apprit que cette bande contre-révolutionnaire s’était formée dans le district d’Aubin ». Elle se manifeste à nouveau, le 13  thermidor an III (31 juillet 1795) en attaquant, dans sa propre maison de Clairvaux, Cayrade, maire du lieu, qui ne doit son salut qu’à une vigoureuse résistance.

Le 12 juillet  1795, les prêtres déportés sont élargis. Après deux ans environ (1796-1797) de libre exercice du culte, une nouvelle ère de persécution s’ouvre qui dure aussi deux ans (1798-1799). Les églises ne sont généralement pas fermées mais les prêtres sont à nouveau proscrits et déportés.Le 21 mars 1799, les gendarmes apprennent que le prêtre Travassac « réfractaire dangereux », est caché dans une maison située en face de l’église de Marcillac. Ils s’y rendent aussitôt, mais leur perquisition n’aboutit à aucun résultat. Dans leur procès-verbal, ils relatent : « Passant devant l’église qui est contiguë, nous avons remarqué que les portes étaient ouvretes et aperçu une grande population, de tout sexe, et une quantité de cierges sur l’autel qui annonçait que les offices du culte s’y passaient comme dans l’ancien régime. Nous étant informés auprès de quelques patriotes qui survinrent, si les offices étaient célébrés par un ministre soumis aux lois, ils nous auraient répondu que c’était un nommé Rouquairol, boucher de profession, homme fanatique, qui dirigeait les offices chaque fête et dimanche ; qu’il se permettait même de monter en chaire, d’y prêcher la morale et d’y annoncer au public les différents jeûnes et fêtes ».

Originally posted 2014-06-15 21:26:24. Republished by Blog Post Promoter