La grande histoire de la maison de retraite du Vallon

Au X° siècle, Marcillac se situe dans le pays du « Panadès », autrement dit dans la seigneurie des Panat.

Ses coteaux sont déjà plantés de vignes qui fournissent un vin de qualité. Le domaine de vignes de Bougaunes est attesté dans un document daté de l’an 923.

Au XI° siècle, si les plus beaux domaines appartiennent à des monastères ou à des seigneurs, il n’empêche que de nombreuses vignes du Vallon sont aussi aux mains de propriétaires libres ou alleutiers, dont les habitations sont regroupées autour du « Mas » que le baron de Panat possède dans le fort de Marcillac. Car notre ville est déjà protégée derrière des fortifications, au XII° siècle, lorsque s’achève la construction de notre église romane primitive dépendant de l’abbaye de Conques. Le fort épouse la forme d’un quadrilatère qui partant de l’angle de l’actuelle place Cailhol, longe le Créneau jusqu’au fond de la rue du Mas, rejoint la rue Droite, remonte celle-ci jusqu’à la place Cailhol et va rejoindre le Créneau. L’avenue de la Murette n’existe pas encore, elle est occupée par le lit du Créneau qui sert de fossé.

Le « Mas » appelé aussi « château », se dresse à l’emplacement occupé actuellement par la « Maison de retraite du Vallon ».

Selon Bosc, il figure, à la fin du XIII° siècle, parmi les principaux châteaux que possèdera bientôt, comme nous allons le voir, le Comte de Rodez.

L’expansion des possessions du monastère de Conques, dans son territoire, porte ombrage à Hugues de Panat. En 1209, il s’approprie « les dîmes, quêtes, oblations, cierges, droits d’albergue, de taille et autres revenus dépendant de l’église de Marcillac ». Cette attitude lui vaut d’être frappé d’excommunication. Pour s’en faire absoudre, il doit restituer et donner un témoignage public de son repentir, mais conserve cependant les droits légitimes qu’il avait sur la ville et mandement de Marcillac. La haute seigneurie de Marcillac lui appartient, toutefois il doit hommage au comte de Rodez.

En 1226, au terme d’une contestation avec l’évêque, le comte de Rodez, Hugues IV, est déclaré devoir hommage à l’évêque pour les châteaux de Coupiac et de Caystort. Ne supportant pas de se voir vassal du prélat, le comte échange ces deux terres, en 1238, avec Archambaut de Panat contre les droits et revenus que ce dernier a dans les villes et mandement de Marcillac et Salles.

C’est ainsi qu’en Levézou, Villefranche sur l’Alrance va devenir Villefranche-de-Panat.

Cécile, comtesse de Rodez de 1304 à 1313, en épousant, en 1298, Bernard VI d’Armagnac, fait ainsi passer le comté de Rodez (et donc la ville de Marcillac ) aux Armagnac qui deviennent comtes d’Armagnac et de Rodez.

En 1337 commence la guerre de Cent Ans contre l’Angleterre. Devant un ennemi aussi puissant, l’évêque Raymond d’Aigrefeuille enjoint les habitants de Rodez, en 1351, de réparer les murs de leur ville. Cet évêque, neveu du pape Clément VI, est également prieur de Marcillac. Aussi n’est-il pas étonnant que les habitants de Marcillac, dont la ville a débordé du fort, demandent et obtiennent du comte la permission de ceindre leur bourg de murailles. L’ouvrage épouse, comme tracé, ce qui correspond à notre tour de ville actuel. Il comporte cinq portes dites : Del Mas ; Cornebarriols ; Bayssettes ; Malbens ; Cap de Ville.

Le traité de Brétigny, signé le 8 mai 1360, donne le Rouergue et le Sud-Ouest de la France à Edouard III d’Angleterre. Mais Rodez fait de la résistance. Le 17 janvier 1369, une grande bataille a lieu au « Puech de la Garde » près de Mondalazac. Les Français en sortent vainqueurs. Les Anglais y ont perdu 60 lances et 400 cavalcadours. Ils quitteront le Rouergue un an plus tard.

La guerre n’est pas terminée pour autant et notre ville tombe aux mains des routiers, en 1388, qui s’y installent durablement. Il est certain qu’ils ne peuvent trouver meilleur casernement que
dans le château.

Nous connaissons les noms de deux de leurs capitaines : Graulet et Guigo qui, à la tête d’une compagnie, s’en vont faire, en 1390, des razzias à Aguessac, à Millau, sur le Larzac et à Peyrelade.

Le comte de Rodez et d’Armagnac avait refusé de contribuer au siège de Marcillac, pour les déloger, attendu, selon lui, » que ceux qui l’occupent ne sont que des larrons et des vagabonds, et que les deniers du commun de paix payé au Roi et à d’autres seigneurs doivent servir pour cet effet ».

Il se résoudra, toutefois, à venir libérer Marcillac, en 1391, avant de partir combattre en Italie. Notre château dût profondément souffrir de l’occupation des routiers et de son assaut.

En 1469, le Roi retire tous ses biens à Jean V d’Armagnac qui a fait alliance avec les Anglais. Après la mort du comte, en 1473, il attribue la ville de Marcillac à Ruffec II de Balsac.

A cette époque, il est fait mention de l’enceinte primitive du fort qui subsiste encore dans la rue Droite, mais on ne cite plus le château, qui a probablement été démantelé pour servir de carrière à la construction de la nouvelle église, consacrée par François d’Estaing en 1507.

En 1667, Marcillac est toujours « fermée de murailhe, entourée de fossés et défance-vraye. » Le château n’est plus qu’un lointain souvenir. Dans une reconnaissance faite au Roi, les consuls de la ville déclarent « avoir ouï dire et sçavoir par tradition de leurs devantiers que les seigneurs Comtes de Rodez avoint jadis une maison ou chasteau aboutissant à la murailhe de ladite ville, le lieu auquel ladite maison estoit assise estant à présant réduit en un jardin. »

En 1713, le Roi vend les droits du domaine royal à la communauté, et donc, entre autres ce jardin, en plein coeur de la ville.

 

Dès 1450, nous trouvons à Marcillac une noble famille, les de Cabrières, qui, comme de bien entendu, s’alliera aux autres familles nobles ou bourgeoises du lieu. C’est cette famille qui fait construire, en 1598, le « château de Cabrières » au fond de la rue Droite. Pierre de Cabrières deviendra curé de Marcillac. Il installera, en 1682, deux de ses nièces dans le château familial où elles fonderont la communauté des Soeurs du Travail et de la Croix, qui deviendra, plus tard, la communauté des Soeurs de Saint-Joseph de Marcillac.

Un autre membre de cette famille, Gaspard de Cabrières, relèvera, en 1659, notre confrérie de pénitents blancs, anéantie par les épidémies de peste, et fera construire, en 1660, la Chapelle des Pénitents. A la veille de la Révolution, les de Cabrières demeurent, et de loin, les contribuables les plus taxés de Marcillac (223 livres, 18 sous, 2 deniers). La ville compte 225 feux, en 1789, soit un millier d’habitants.

Un autre Gaspard de Cabrières fait l’acquisition du terrain sur lequel se dressait jadis le château comtal et y fait bâtir la grande et belle maison que nous connaissons. Pour celà, en 1781, il achète à la communauté de Marcillac toute la pierre de la porte du Cap de ville et celle de la porte del Mas avec leurs dépendances. La tour du cap de ville avait été précédemment démolie jusqu’à l’arceau de la porte. Il s’engage à achever la démolition, à ses frais et dépens, et à faire construire deux piliers à cette porte, conformément à un plan qu’il a fait faire et qui a été adopté par le conseil de communauté. Quand la Révolution éclate, il n’est plus séant d’afficher son blason au fronton de sa maison. Cabrières se contentera de faire figurer sa devise au sommet de la tour : « Gratia gratiam parit » (la grâce engendre la grâce).

En 1822, la moitié de cette maison est en vente. A la faveur d’un legs, fait à l’hospice de la ville, par les époux Antoine Périé, en 1821, la commission administrative de cet établissement s’en porte acquéreur. L’acte est signé le 10 novembre 1823 pour la somme de 6.000 francs.

Après réparations et aménagements, les pauvres qui étaient précédemment hébergés dans une maison du faubourg y sont installés.

Dès 1822, la municipalité avait, dans cette perspective, fait appel à deux soeurs du Saint-Sacrement de Mâcon et d’Autun pour tenir le nouvel hospice et y annexer une école primaire de filles.

En 1833, la seconde moitié du bâtiment est mise en vente. Joseph Ricard, membre de la commision administrative, ne voulant pas manquer l’occasion de permettre l’agrandissement de l’hospice, fait un don personnel de 500 francs pour cet achat et promet de faire, plus tard, de plus grands sacrifices. Malgré celà, la commissioon n’est pas en mesure de boucler le budget nécessaire pour cette acquisition. Ricard n’hésite pas, alors, à acheter de suite pour son compte, ce bâtiment, et pour tenir la promesse qu’il a faite, il institue, par testament public en date du 26 février 1845, l’hospice de Marcillac, son héritier général et universel. On ne sera pas étonné de trouver son nom en tête de liste des bienfaiteurs sur la plaque de marbre aujourd’hui placée sous le porche d’entrée des bâtiments anciens.

L’école peut ainsi se doubler d’un pensionnat qui gardera, un demi-siècle durant, sa soixantaine, en moyenne, d’internes, arrivant du Vallon et même du bassin de Decazeville qui avait des rapports continuels avec le chantier important établi ici par la construction du Pont de Malakoff, du Pont Rouge et des deux tunnels d’une longueur totale de près d’un kilomètre et demi, de part et d’autre du Pont Rouge.

L’hospice servait de dispensaire pour les soins des blessés de la Compagnie. Les religieuses cumulaient les fonctions de directrices d’école et de pensionnat, d’infirmières et de soeurs hospitalières.

Avec l’émancipation et l’affranchissement laïque des services publics, malgré leur dévouement, les soeurs enseignantes, ne font plus partie du service communal de la maison. La ville leur loue une partie de la maison où elles continuent, pendant 15 ans, d’assurer une instruction gratuite en vivant des maigres subventions que leur verse la cure et des termes bien restreints de la pension des internes.

En 1895, leur école comptait 80 élèves, dont 11 demi-pensionnaires, encadrées par trois religieuses aidées d’une femme de service.

Cette location est dénoncée, en 1899, comme une tolérance abusive en regard des pouvoirs publics. Les soeurs enseignantes sont priées de préparer leur exode pour la fin juste du siècle. Leurs supérieures, qui avaient prévu cette issue, avaient engagé, dès 1896, une dépense considérable dans l’achat d’un « patus » mesurant près d’un hectare, aux Prades, et dans la construction, rapidement élevée, d’une immense maison, connue de nos jours, sous le nom d’ »Ecole de la Prade, » où elles purent poursuivre leur enseignement.

Puis la guerre survint. En 1916 les soeurs du Saint-Sacrement de Mâcon et d’Autun se retirèrent passant le relais, pour la gestion de l’hospice et de l’école des Prades, aux soeurs de Saint-Joseph de Marcillac.

Vers 1908 ou 1909, un incendie a détruit plusieurs vieilles maisons, rue de l’hospice. Le conseil municipal en a racheté deux, en 1911, (les maisons Durand et Trémolières) pour élargir la rue.

L’hospice disposait, à proximité, d’un jardin triangulaire bordé par le Créneau, la place du Cap de ville, et le « cantou ». Pour satisfaire les besoins de logements qu’entraînait l’ouverture de l’usine Manuval, le conseil municipal décide, le 15 février 1961, de faire construire à cet emplacement un immeuble communal de 11 logements.

Le 14 décembre 1971 est prise la décision d’étudier un projet d’humanisation de l’hospice. Il faut cependant attendre mars 1980 pour voir ouvrir le chantier qui, en quatre tranches successives s’étalant jusqu’en 2008, dote notre ville de l’établissement d’accueil, harmonieusement inséré dans le tissu urbain, et correspondant aux exigences de notre époque, que nous connaissons aujourd’hui.

Ce faisant, on regrettera cependant la disparition de deux magnifiques caves voûtées, typiques de la viniculture marcillacoise, ayant probablement appartenu à l’ancien château.

Le 7 janvier 1982, Mr Joseph Franceschi, secrétaire d’Etat, chargé des personnes âgées auprès du ministre de la solidarité nationale, est venu inaugurer la première tranche de ces travaux. La maison de retraite logeait alors 56 personnes dans des chambres à un ou deux lits. Le nombre de pensionnaires est monté à 70, courant 1983.

Aujourd’hui l’établissement compte 46 lits, uniquement en chambres individuelles, pour personnes âgées dépendantes.

L’association « Les grapillous du Vallon » a été créée, en 1993, pour promouvoir les projets de vie, d’animation, et pour rompre l’isolement, à la Maison de retraite du Vallon.

Au 1er janvier 1996, celle-ci et la maison de retraite de Cougousse ont fusionné pour prendre le statut d’hôpital local, sous la dénomination de : « Résidence du Vallon », offrant en symbiose 130 lits pour personnes âgées, convalescentes, ou bénéficiant de soins légers. L’hôpital ouvrait un service de repas à domicile s’adressant aux personnes âgées malades ou handicapées.

En 1997, l’établissement de Marcillac accueillait une halte-garderie pour les enfants de moins de 6 ans. Celle-ci prenait le nom de « La Soleilhade ».

Originally posted 2014-06-20 00:03:19. Republished by Blog Post Promoter

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