Historique du vignoble de Marcillac -Vallon

Le nom de Marcillac avec sa terminaison en « AC » ne laisse pas de doute sur son origine gallo-romaine. On voit de suite qu’il s’agit du « Marcillius ager », du domaine de Marcillius.

Et, de fait, des découvertes archéologiques ont  révélé l’occupation du site du 1er siècle de notre ère jusqu’au début du IV° siècle.

Une ébauche d’évangélisation de notre contrée dès les années 6O à 65 a pu, selon le cardinal Bourret, être réalisée, en ces temps encore apostoliques, par Saint Martial. A  Conques, le monastère Saint-Sauveur existe en l’an 371.

On a donc déjà cultivé ici la vigne pour se procurer le vin de messe et la boisson. Il y a tout lieu de penser que c’est après que l’empereur Probus eut abrogé, en 276, le décret de Domitien, qui interdisait l’extension du vigne » >vignoble gaulois, que la vigne a fait son apparition dans notre Vallon.

Vers 415, Saint Amans achève de détruire le culte de l’idole Ruth et convertit entièrement au christianisme Rodez et le pays dont elle est la capitale. Des  moines s’implantent à Clairvaux. Au VII° siècle, ils possèdent un monastère florissant en l’honneur de l’apôtre Saint-Pierre. Ces deux monastères, Conques et Clairvaux, ont été détruits par les Sarrasins en l’an 726.

Charlemagne a rétabli celui de Conques en l’an 800. Un moine de cette abbaye a été envoyé à  Agen par ses supérieurs avec pour mission de s’emparer des reliques de Sainte FOY. Il y demeurera onze années avant de commettre son pieux larcin. Il aurait mis à profit ce long séjour pour connaître et apprécier les vins noirs locaux et les raisins qui les produisaient, dont le « fer servadou« , dit aussi « vigne » >mansois » ou « SAOUMONCES », que l’on trouve  encore dans les vignobles de l’agenais, et ce serait ce moine, pense-t-on, qui aurait introduit ce plant dans notre vallon où son abbaye possédait plusieurs vignes.

Déjà, en l’an 923, le domaine de Bougaunes, prés de l’ancienne gare S.N.C.F. de Marcillac, est réputé pour la qualité de son vin.

En 1060,  Alboyn, fils d’Harold, roi d’Angleterre, découvre Clairvaux « dans un vallon très agréable, couvert de vignobles et de prairies ».  Il y rétablit le monastère qu’avaient détruit les Sarrasins.

A cette époque, de nombreuses vignes du Vallon sont déjà aux mains de propriétaires libres ou alleutiers.

Les moines cisterciens fondent, en 1166, l’abbaye de Bonnecombe. Le comte de Rodez leur cède des terres à Bougaunes où ils créent leur grange viticole  en 1168.

Les templiers, au XIII° siècle, possèdent des vignes dans la vallée de l’Ady, sur la paroisse de Saint-Pierre-de-Nacelle.

Les gramontains ouvrent un prieuré, près de Balsac, en 1230.

Sous l’impulsion de ces monastères et de la noblesse, le vigne » >vignoble s’étire rapidement sur tous les coteaux de Bruéjouls à Salles-Comtaux (devenu depuis la révolution, Salles-la-Source) en passant par Clairvaux, Valady et Marcillac.

En 1445, à Fijaguet, la pipe de vin, bon, marchand et pur se vend 2 moutons d’or au coin de France.

Sous l’épiscopat de Georges d’Armagnac (153O-1562), les communautés religieuses et les notables ruthénois, propriétaires de vignes, font construire au Vallon leur maison de vigne, véritable petit chastel, souvent orné d’une tour hexagonale, de fenêtres à meneaux ou d’une loge en échauguette, chacune avec sa cave et son pressoir, et très souvent sa chapelle. On en comptera 25 à 30. Elles prolifèrent particulièrement au bord des routes des vallées de Grandcombe et du Cruou.

L’hôpital de Rodez, les Chartreux, les Annonciades, les chanoines de la cathédrale, les magistrats et les riches commerçants de Rodez y recueillent leur vin, y tiennent leur vaisselle vinaire et viennent y partager le plaisir des vendanges où se renouent les bonnes relations et s’éteignent les ressentiments. Ce mouvement  se poursuit au XVII° siècle avec des maisons de vigne plus longilignes et plus spacieuses dont le plus bel exemple, aujourd’hui disparu, avait été baptisé « le petit Versailles ». Les dominicains acquièrent un domaine à la Talonie, près de Saint-Jean-le-Froid, et l’évêque achète le sien à Grandcombe (l’Evescat).

La  vigne s’était étendue un peu partout en Rouergue. On trouvait des vignobles sur le plateau de Naucelle, aux portes de Rodez, et presque sur les premières pentes du Levézou, près de La-Capelle-Farcel, quand le début du XVIII° siècle connut un dérèglement climatique.

En 1731, un édit royal restreint la replantation. Dès lors, la plupart des vignes situées à plus de 550 mètres d’altitude disparaissent. Le Vallon, au climat relativement doux, profitera de cet abandon. A partir de 1770, Marcillac devient la capitale incontestable du vigne » >vignoble aveyronnais. En 1779, est créée la Généralité de Haute-Guyenne, dont le siège est placé à Villefranche-de-Rouergue sous la présidence de Monseigneur de Cicé, évêque de Rodez.
L’économiste Jean-François de Richeprey fut chargé de parcourir la Haute-Guyenne dans l’objectif de réviser et de rendre plus justes les bases d’impositions des communautés. Le 20 décembre 1780, il rédige le rapport de sa visite à Marcillac. A sa lecture, nous apprenons que les meilleures vignes produisent une barrique de vin par journée de 128 cannes carrées, que le  Vallon exporte au moins13.000 pipes de vin chaque année, mais que le défaut de chemin force à vendre à vil prix et arrête une plus grande exportation.
L’exportation du vin se fait dans des outres. Ceci explique que le canton de Marcillac, à la fin du XVIII° siècle, est celui qui compte le plus d’équidés, dans l’arrondissement, pour en assurer le transport.

En 1810, la production de vin du Vallon s’écoule pour un gros tiers (15.OOO à 18.000 hl) à Rodez ; pour un petit tiers dans les fermes du causse et vers le nord. Le dernier tiers est consommé sur place.

En 1830, on compte dans le Vallon 1.684 récoltants pour 2.000  ha de vignes qui produisent 60.000 hl. Le broyeur  n’est pas connu. On presse ou on foule pieds nus, parfois même entièrement nu.

Le  comice agricole de Marcillac, créé en 1841, fait venir, en 1846, un vigneron de la Gironde pour qu’il apprenne à ses adhérents la manière de préparer le vin à la façon du Médoc.

Au milieu du XIX° siècle, les mines et les aciéries du bassin de Decazeville assurent un nouveau débouché aux vins du Vallon, mais attirent aussi des enfants de vignerons  qui, en changeant de métier, trouvent là un revenu moins aléatoire.

La production de vin dans l’arrondissement de Rodez atteint son record historique en 1875 avec 104.500 hl. En 1880, au moment où la première tâche de phylloxera fait son apparition à Bruéjouls, le Vallon compte 4.000 ha de vigne dont 400 pour la petite commune de Marcillac dont la surface totale est seulement de 1.273 ha.

Une association syndicale de lutte contre le phylloxéra se crée en 1882 à Marcillac. Elle regroupe 159 adhérents reprèsentant 298 ha. Mais mildiou et anthracnose font leur première apparition la même année, tandis que l’oïdium récidive.

Le conseil municipal vote, à l’unanimité, le 15 août 1886, l’introduction de vignes américaines.

Le black-rot envahit le vigne » >vignoble en 1888. Le phylloxera se précipite sur les coteaux marcillacois à partir de 1891. Toutes les vignes du Vallon sont frappées et quasiment anéanties, en 1893. Seules les souches qui ont fait l’objet d’un renouvellement sur plants américains ont résisté.

De nombreux jeunes vignerons abandonnent leur métier et émigrent vers Decazeville, Paris ou  des destinations plus lointaines.

En 1907, les 1.885 ha de vignes du Vallon, dans lesquels on a introduit de nouveaux cépages, ne produisent que des vins courants dont les prix sont très bas. En 1910, on vit ici une période de disette totale après deux années catastrophiques où l’on ne récolteà peu près rien. Pluie, grêle, inondations seront, de surcroit, le lot habituel avant l’hécatombe des vignerons au cours de la guerre de 1914-1918. La statue du vigneron du monument aux morts de Marcillac pleure devant les 62 noms de concitoyens, pour la plupart vignerons, inscrits sur la stèle.

Les maladies cryptogamiques maltraitent la vigne, en 1932. On constate alors que le vigne » >mansois est le plan qui se défend le mieux.

A la veille de la seconde guerre mondiale, le Vallon ne compte plus que 1468 ha de vignes, dont 180 pour la seule commune de Marcillac-Vallon.

Le 22 décembre 1944, le vin de Marcillac obtient un premier label « Vin de qualité ».

Après la guerre, apparaissent les premiers moto-treuils qui allègent la pénibilité du travail des vignerons, là où les murettes ne sont pas trop rapprochées.

Un syndicat de viticulteurs se crée en 1947. Mais les gelées à  -28° du mois de février 1956 détruisent 80 à 9O% du vigne » >vignoble. Il faut replanter si l’on veut continuer à produire. A partir de 1960 apparaissent des vignes palissées sur fil de fer, à écartement de 1,80 à 2,50 mètres entre rangs, permettant le passage des tracteurs. On se met à utiliser des désherbants pour supprimer  le travail du sol dans les vignes où l’on ne peut utiliser le tracteur. On fait tout pour alléger l’effort musculaire.

Un nouveau syndicat de vignerons est créé en 1961. Lucien Cayrouse en assurera la présidence pendant 30 ans.
La cave coopérative de Valady voit le jour, dans une grange, en 1962. Elle compte 8 adhérents pour une récolte de
150 hl.

L’appellation V.D.Q.S. est obtenue en 1965. Les vins rouges compteront désormais 80% de vigne » >mansois et 20% de plants secondaires (valdiguier, jurançon, moissaguès, cabernet) autorisés en coupage.
Pour les rosés, les proportions sont ramenées à 30% de vigne » >mansois et à 70% de plants secondaires. Les blancs, par contre, ne bénéficient pas du V.D.Q.S.

L’année suivante, le 30 octobre 1966, à Sauveterre-de-Rouergue, le vin de Marcillac célèbre ses fiançailles avec le « Croquant de Coupiac ». Mais c’est le  « Roquefort »  qu’il épouse, le 25 août 1968, en présence d’un secrétaire d’Etat.
Il devient polygame le 3 octobre 1992 en épousant aussi le stockfisch.
La coopérative devient, en 1967, une section de la CADAUMA de Rodez. Elle entreprend, dès 1970, la construction d’une cave moderne en bordure de l’axe Brive-Méditerranée. Elle est inaugurée le 8 août 1971. Une nouvelle génération de vignerons reprend le flambeau des anciens. Le syndicat de défense des vins de Marcillac se porte candidat à l’accession à l’appellation A.O.C. dès 1972.

La « Cave Coopérative  des Vignerons du Vallon »  reçoit  deux nouvelles cuves géantes de 30.000 litres en 1974.

62  vignerons lui livrent leur récolte.

En 1975, la superficie de l’aire d’appellation est de 600 ha répartie sur 9 communes du canton de Marcillac, 1 de Rignac (Goutrens), et 1 de Conques (Saint-Cyprien). La superficie du vigne » >vignoble d’appellation est alors de 50 ha.

La SAFALT entreprend, en septembre 1975, des travaux de terrassement pour replanter de la vigne au-dessus de la ville de Marcillac, sur le coteau du Cayla, et à Lavernhe, dans la vallée du Cruou. Grâce à 34 acquisitions de terrain, on y plantera 18 ha de vigne, dont la production alimentera la cave de Valady.

De leur côté, de jeunes vignerons indépendants reprennent et agrandissent de belles exploitations viti-vinicoles dans la vallée de l’Ady, perfectionnant les techniques, améliorant la qualité, conquérant des récompenses flatteuses, ouvrant de nouveaux débouchés à l’exportation. Ils apportent leur contribution à l’accession à l’appellation A.O.C. que le vin de Marcillac obtient en 1990. Elle concerne une centaine de producteurs qui exploitent 130 ha de vignes lesquels produisent habituellement 5.000 hl de vin.

Les nouveaux critères imposent un degré d’alcool de 10°, un encépagement en vigne » >mansois à 90%, un nombre de pieds limité à 4.000 par ha (sauf en terrasse), un rendement plafonné à 50 hectolitres par hectare.

Dès cette promotion, les Anglais achètent 10% des ventes de la coopérative et demandent le double.
Les guides spécialisés encensent le Marcillac. L’Eschansonnerie de Saint-Bourrou est créée.

Un concours du meilleur sommelier du Sud-Ouest a lieu à Marcillac, en 1994. La cave coopérative signe, en 1998, un contrat pour 40.000 bouteilles avec un metteur en marché.

De nouvelles exploitations voient  le jour dans la vallée du Créneau. En 2007, la surface A.O.C. est passée à 170 ha pour une production de 6.000 hl.

En ce début de XXI° siècle, d’autres idées germent dans les têtes de nos vignerons. Certains commencent à produire du vin blanc. Un autre replante, dans une vigne expérimentale à Salles-la-Source, trois vieux cépages marcillacois réchappés du phylloxéra : le Saint-Côme, le menu, en rouge, et  le Fel, en blanc. La Société Centrale d’Agriculture de l’Aveyron (créée en 1798) vient de le récompenser, en avril 2008, en lui attribuant un diplôme pour son travail de création technologique. Il nous donne rendez-vous dans quatre ou cinq ans pour goûter ses « Vins du Pays de l’Aveyron »

Ainsi, depuis plus d’un millénaire et demi, la vigne règne dans le Vallon de Marcillac. Telle le phénix , quand on l’y  croit morte, elle y renaît de ses cendres.

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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