Domaine de vignes des Chartreux en Grandcombe

« Le promeneur un tantinet observateur ne manque pas de remarquer un écusson sur le porche qui relie les deux corps de bâtiments de ce domaine. C’est celui d’Hélyon Joffroy. On le trouvait également sur la clé de voûte de la chapelle de cette maison de vigne

La voûte de la chapelle a disparu au XX° siècle, toutefois la clé de voûte armoriée a été conservée par les propriétaires du domaine qui l’ont insérée dans le mur de la terrasse construite en 2001.

Mais qui était donc Hélyon Joffroy ?

Né à Besançon, peu avant le milieu du XV° siècle, il appartenait à une vieille famille francomtoise. Il embrassa l’état ecclésiastique sous la protection de son oncle, Jean de Joffroy, qui fut évêque d’Arras, puis archevêque d’Albi et cardinal. Ce dernier, homme influent, cumulait de nombreux bénéfices ecclésiastiques qui ne faisaient qu’accroître une fortune de départ déjà considérable.

 Il appela auprès de lui son neveu et futur héritier, Hélyon, pour occuper la charge de prévôt de l’église Saint-Salvy d’Albi. Vers la fin du XV° siècle, Hélyon rejoint le chapitre de la cathédrale de Rodez où il occupera la fonction de chanoine-chantre. C’est à lui que reviendra l’honneur de promulguer l’élection du nouvel évêque François d’Estaing, en 1501.

Sa fortune permet à Hélyon de contribuer à l’embellissement de la cathédrale. C’est ainsi que l’on retrouve ses armoiries gravées sur la cloche de la tourelle qui supporte la statue de la Vierge au sommet du clocher. Il ne possédait pas moins de six maisons à Rodez, en 1504, dont quatre récemment construites.

En 1512, par lettres patentes, le Roi autorise le prieur de la Chartreuse de Villefranche à fonder auprès de Rodez un couvent de Chartreux. Il sera érigé sur un terrain d’une contenance de « 20 journaux pré et terres » donné par Hélyon Joffroy (actuellement haras national de Rodez). Il est donc vraisemblable que c’est ce richissime Hélyon qui leur fait également bâtir une maison de vigne à Grandcombe. Il n’est pas connu de sceau particulier pour la communauté des Chartreux de Rodez. On conçoit aisément qu’avec son goût du faste et de l’apparat Hélyon en profite  pour signer de ses armes, et à deux reprises, sa donation aux moines.

Le cardinal Jean de Joffroy et ses neveux Hélyon et Jean sont inhumés dans la chapelle de la Sainte-Croix en la cathédrale d’Albi. Jadis, dans l’enfeu, une statue représentait le cardinal à genoux au-dessus de sa tombe. Elle a été remplacée par une statue représentant Saint-Sébastien. Mais les peintures murales de cette chapelle nous montrent, entre autres, les portraits du Cardinal, ayant à ses côtés Saint-Jérôme pour protecteur, ainsi que ceux d’Hélyon et de Jean, ayant pour protecteurs
respectifs Sainte-Cécile et Saint-Jean.

A propos d’Hélyon un cartouche précise : « Dominus Heliundus Iofffredus legum doctor prepositus albiensis cantor et canonicus ruthenesis » (Maître Hélyon Joffroy, docteur en droit, grand chantre de la cathédrale d’Albi et chanoine de Rodez).

Le blason du cardinal est représenté seize fois sur les murs de la chapelle. Il est « d’azur à deux fasces d’or surmontées de deux croizettes du même, au chef également d’or ».

Celui d’Hélyon, que nous trouvons à l’ancienne maison de vigne des Chartreux en Grandcombe, le reproduit mais avec le chef brisé d’un lambel à trois gouttes en queue d’aronde.

Ce même blason d’Hélyon Joffroy orne également aujourd’hui, la girouette de l’ancienne maison de vigne de l’Hopital de Rodez, voisine de celle des Chartreux, connue sous le nom de l’ « Hospital ».

L’historien aveyronnais Amans-Alexis Monteil (1769-1850)  dont le père possédait une maison de vigne à Gipoulou, rapporte qu’en temps de vendanges son « père y donnait des fêtes à ses voisins et en recevait à son tour. Les Chartreux, propriétaires d’un gros domaine, écrit-il, s’accommodaient à l’usage, autant que leur règle pouvait le permettre. Ils invitaient, ils étaient invités, et je me souviens d’avoir vu de grandes tables couvertes de gibier et de volailles, de poissons ou d’oeufs, à l’endroit où ces bons pères étaient assis ».

A la révolution, le domaine de vignes des Chartreux fut mis en vente par la nation le 13 mars 1791. Estimé 16465 livres, il; fut adjugé 36100 livres à Saltel, négociant d’Espalion, pour Louis-Félix Monseignat, receveur des droits d’enregistrement à Rodez, qui le céda à Pierre Bieulac, de Rodez, le 12 avril
1791. »

 

             (Extrait du « Bulletin Municipal 2003 » de la ville de Marcillac-Vallon)

N.B. Du mobilier de la chapelle de ce domaine il nous reste le grand tableau représentant Saint-Bruno agenouillé devant la Vierge, offert, en 1914, au sanctuaire de Foncourrieu par la famille Foulquié.

La Vierge à l’enfant , en bois doré, volée à l’église de Marcillac, en juillet 2002, provenait également, selon le curé Raoul Boyer, de cette chapelle.
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Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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