Culture de la vigne à Marcillac en 1833

« Les ustensiles nécessaires à la culture d’une vigne de cent journées sont : six bi-dents, six pioches très fortes terminées en pointe, quatre pelles en fer, un levier en fer, deux marteaux de maçon, des coins pour fendre les rochers, une vingtaine de petits paniers pour les vendangeurs,  une quinzaine de grands paniers doubles ou bilobés pour le transport de la vendange, un char et un cuvier pour le même objet, dix tonneaux ou foudres de quatre à cinq pipes de capacité, cerclés de fer, dix à douze barriques contenant deux pipes chacune, une ou deux pipardes ou barriques contenant une pipe, quatre ou cinq grandes cuves vinaires de dix à douze pipes, un pressoir. (La pipe vaut 415 litres).

« Les vendanges commencent et finissent en général du 10 au 30 octobre, le vin est d’autant meilleur qu’elles sont plus hâtives ; on évalue la population qui se déplace pour y coopérer à 1/20éme de la population résidente. Il serait difficile de décrire ou de dépeindre le mouvement, la gaieté, la vie qui, à cette époque, anime ce vallon. Les soucis semblent s’être éloignés des lieux où l’on prépare la liqueur qui doit les dissiper.

… On taille la vigne immédiatement après les vendanges, et mieux, au commencement de novembre.  Suivant l’âge et la vigueur du cep on taille la plupart des variétés à huit ou neuf yeux sur une flèche, et quelques fois sur deux, choisies parmi les tiges les plus fortes et les plus voisines de la racine, et situées sur la face supérieure et convexe de l’arc formé par la ligature de l’année précédente. On taille le Menu à trois yeux sur trois flèches, et tous les provins à cinq ou six yeux hors de terre, sur une flèche.

Lorsque le cep devient trop long on laisse, au mois de juin quand on élague, subsister une tige
gourmande que l’on taille l’année suivante à un oeil seulement, et l’on coupe immédiatement au-dessus ; la fréquence de ce ravalement devient surtout nécessaire chez le Menu que l’on ne ploie pas.

La taille est finie le 25 décembre chez les vignerons propriétaires et vers la mi-février chez les vignerons salariés. Il ne résulte aucun dommage de ce retard.

Lier la vigne c’est attacher à un échalas le cep, et au cep la flèche (partie du sarment que l’on laisse subsister à la taille) après l’avoir ployée afin de ralentir, en elle, le mouvement de la sève et la disposer ainsi à produire des raisins. On ne ploie que rarement la flèche du Menu par crainte d’en épuiser le cep en le forçant à produire trop de fruits.

Après la taille et la ligature des provins de l’année précédente on les fume en versant dans chaque trou à provin environ 20 litres de crottin de brebis et l’on recouvre ce fumier de la terre fournie par les trous.

Le vigneron propriétaire emploie exclusivement le fumier qu’il a créé, et le porte lui-même à sa destination sur la tête ou sur les épaules dans un panier double ou bilobé. Du fumier pourri et provenant de la décomposition de toutes sortes de matières résulte une quantité de vin inférieure à celle qui provient du crottin des bêtes à laine. L’odeur et le goût des engrais comme des terres passe dans le raisin.

Cette distribution abondante de fumier est la seule que chaque plant de vigne reçoive en sa vie, ou jusqu’à ce qu’il soit provigné à son tour, méthode mal entendue, dans laquelle l’engrais est prodigué au cep lorsqu’il ne peut encore en mettre à profit qu’une faible partie, tandis qu’il en est privé lorsqu’il a acquis son parfait développement et qu’il en aurait le plus besoin ; car, comme le terreau, le fumier est en entier destructible dans son contact avec l’air et l’humidité ».

 

(extrait des « Mémoires statistiques sur le vigne » >vignoble de Marcillac » – par Charles Girou de Buzareingues – 1833 -)


Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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