Chapelle de Saint-Jean-le-froid

Elle  est sise sur la commune de Mouret, mais était rattachée à la paroisse de Marcillac, avant la création de la grande paroisse  Saint-Vincent-du-Vallon.

Situé sur un piton venté et froid qui domine les vignes du Vallon, ce sanctuaire a été construit à l’emplacement d’un autel païen où nos ancêtres avaient coutume de venir allumer des feux. Là, également, pour christianiser, sans choquer  les coutumes locales, les évangélisateurs ont dédié la chapelle à Saint Jean-Baptiste, ce qui  permettait, comme par le passé, d’allumer des feux aux équinoxes d’été et d’hiver, mais cette fois en l’honneur de Saint Jean.

A  quelle  divinité l’autel primitif était-il dédié ? Peut-être à Cybèle, si l’on fait un rapprochement phonétique avec le nom de Gipoulou, hameau voisin.

Le piton sur lequel est édifiée la chapelle et d’où l’on jouit d’un splendide panorama à 360°, culmine à 566 mètres d’altitude. Il portait jadis le nom de Montbel.

L’église de Saint Jean-le-Froid a été construite au XI° siècle. Il en est fait mention vers 1061 et 1108. Pierre, évêque de Rodez, intervient entre 1059 et 1071, pour la donation de cette propriété laïque, à l’abbaye de Conques. Pons de Combret, fils de Deusdet, sa femme et ses enfants, donnent, en 1061, au célèbre monastère, leur bois de Gipoloncello (Gipoulou)  « dans les limites montrées par le prêtre Geraldus, et donnent, de même, le gour qui est sous l’église de Saint-Jean ».

Saint Jean-le-Froid est un lieu de pélerinage très ancien. Toutefois, dans le pouillé de Conques cette église est simplement mentionnée comme une dépendance de celle de Marcillac.

Après la guerre de Cent ans, le sanctuaire s’est embelli d’un bas-relief gothique (pierre calcaire, hauteur 0,70m, largeur 0,60m environ) représentant la Vierge et Saint Jean-Baptiste, debout, abrités  sous des arcs à crochets. Il pourrait avoir été sculpté par Guillaume Lamère, statuaire, qui exerçait son art en 1437. Saint Jean-Baptiste y a les paumettes saillantes et les yeux bridés. Il désigne de sa main droite l’agneau divin qu’il porte sur son bras gauche, ses pieds nus dépassent du manteau qui l’enveloppe. La Vierge, couronnée, portait l’enfant. Vers 1960, ce bas-relief fut malheureusement abimé par la foudre. De chaque côté au bas de celui-ci, on peut déchiffrer un blason. Aux pieds de la Vierge, ce sont les armoiries de Conques : une foi (deux mains se serrant) sous une couronne. Aux pieds de Saint Jean-Baptiste, ce sont les armes des « de Gozon » (de gueules à la bande d’azur bordée d’argent, le bord de l’écu denticulé de même).

Avant 1793 on y venait de loin en pélerinage. On apportait au chapelain plusieurs quintaux de laine et d’autres offrandes. Au 19° siècle, ces offrandes ont été supprimées, remplacées par des honoraires de messe hautes et basses. On y célèbre la messe solennelle trois fois l’an, à savoir : le jour de la nativité de Saint Jean-Baptiste (24 juin), le jour de la fête de Sainte-Anne (26 juillet) et le jour de la décollation de Saint Jean-Baptiste (29 août). Ce jour-là on venait notamment solliciter la guérison des dépressions, des maux de tête et autres névralgies.

Le jour de la nativité de Saint Jean-Baptiste, les pélerins y venaient au nombre d’environ cinq à six cent. Changeant de maître, ce jour-là, les domestiques des deux sexes se sentaient en liberté et en profitaient pour se dissiper. Après l’office on buvait, dansait, riait, chantait autour de la chapelle jusques vers les 2 ou 3 heures de l’après-midi. Ces désordres avaient fait supprimer le pélerinage pendant quelques années. Pour éviter ces débordements, et grâce au leg d’un bienfaiteur (Joseph Fayel), le curé Durand, de Marcillac, a fait construire un petit appartement adossé à la chapelle pour permettre le repos et la réfection du prêtre, et mettre un terme à ces abus.

 

LA CHAPELLE :

Les Vestiges romans de l’édifice paraissent remonter au XI° siècle, mais la chapelle a été reconstruite vers le XVI° siècle.

Le sanctuaire est de plan rectangulaire. Son arc d’ouverture sur la nef est à double rouleau et retombe sur des pilastres rectangulaires à leur base mais comportant un ressaut sur une partie de leur hauteur.

A la base des faces latérales court une banquette sur laquelle repose un étroit pilastre, peut-être destiné à soutenir un arc transversal. La corniche supérieure contourne ce pilastre et lui sert d’imposte. La voûte en berceau a été refaite. Le mur oriental est percé d’une étroite fenêtre axiale amortie en plein cintre. La fenêtre ouvrant au midi parait contemporaine des remaniements du XVI° siècle.

La nef était un peu plus large que le chevet. Il en reste le mur méridional épais de 0,90m en son milieu. Le portail primitif ouvrait par un cintre en retrait sur les pieds-droits. L’ouverture a été remaniée et réduite au XVI°  siècle. Vers son extrémité occidentale, le mur était percé d’une étroite fenêtre qui a conservé son large ébrasement intérieur et son talus en gradins. Un contrefort extérieur rectangulaire étayait l’arc triomphal et dissimulait le raccord de la nef et du chevet.

Le mur septentrional et le mur occidental de la nef ont été repris à la base, comme en témoigne leur épaisseur réduite (0,70m). Leur tracé ne s’écarte pas du tracé primitif et ils ont été remontés avec des matériaux récupérés pour la plupart.

 

LA TABLE D’AUTEL :

La table d’autel romane  s’est conservée. Ses dimensions sont 1,76 x 0,91 x 0,20m. La face supérieure forme une cuvette peu profonde entourée d’une plate-bande de 0,14m et d’un listel de 0,03m. Le profil de la tranche est constitué d’une plate-bande de 0,10m et d’une moulure de 4 cavets successifs.

 

LE RETABLE :

Dans un rapport du 2 mai 1899, le curé Alran, de Marcillac, décrit le retable de Saint Jean-le-Froid comme ceci : « Saint Jean-Baptiste, qui donne son nom à la dite chapelle, y encadre sa statue au retable de l’autel entre celles de Sainte Elisabeth et de Saint Zaccharie ».

Pour le sauver, au moment de la séparation de l’église et de l’état, ce prêtre fit vraisemblablement intervertir les retables de Saint Jean-le-Froid et de la chapelle Saint Jean-Baptiste de l’église Saint-Martial de Marcillac. Ce dernier, dépourvu de qualités artistiques, était daté de 1681; Il a été supprimé dans les années 1960. La rapacité des trafiquants d’oeuvres d’art a entraîné le vol, en 2002, dans l’église de Marcillac, des trois statues du retable transféré depuis Saint Jean-le-Froid à Marcillac.

 

LA CLOCHE DE SAINT JEAN-LE-FROID :

La cloche actuelle de Saint-le Froid a été fondue par Triadou à Rodez en 1837. Elle   porte les inscriptions « Cloche de Saint-Jean-Baptiste » dans la partie haute ; « Triadou à Rodez – 1837 » dans la partie basse ; entre ces inscriptions sont représentés : le Christ en croix avec une femme agenouillée au pied de la croix ; une tête d’homme entourée de feuillages et de deux grappes de raisin ; une Vierge à l’enfant ; un épi de blé ;
deux grappes de raisin rapprochées mais non accolées.

 

LE RELIQUAIRE :

« Le 29 août, la grand messe est chantée à neuf heures par le curé de Marcillac qui fait une courte allocution à l’évangile et qui présente le reliquaire du sanctuaire à la vénération et au baisement des fidèles après la messe, à commencer par les hommes et à terminer par les femmes » (extrait du coutumier de la paroisse de Marcillac dressé par Mr Durand, curé, en 1871).

Le 20 décembre 1979, pendant près de deux heures, France-Culture a consacré son émission »Départementale, en direct de Rodez, à un débat sur la signification historique des reliques. Au cours de cette émission, Mr Delmas, directeur des archives départementales a ouvert le reliquaire de la chapelle de Saint Jean-le-Froid, en a extrait le tube en argent contenant les reliques et a lu les deux « authentiques », l’un du cardinal Bourret, l’autre de Monseigneur Franqueville. Il s’est arrêté devant le 3° document contenant la relique elle-même pour ne pas briser le sceau qui protège le précieux paquet (un morceau du chef du saint
précurseur).

 

LA LEGENDE DES FOURMIS AILEES :

Mues par leur instinct et comme d’autres espèces animales, les fourmis ailées se retrouvent, à des époques et en des lieux bien précis.Chaque année, fin août,  la colline de Saint Jean-le-Froid est un de ces lieux-là.

La conjonction du lieu, des conditions atmosphériques et de la fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste aux alentours du 29 août amène les pélerins à observer ces nuages de fourmis qui entourent désagréablement le prêtre officiant et les fidèles des premiers rangs lorsque  l’Eucharistie est célébrée à l’extérieur de la chapelle. Après l’office, un tapis de fourmis mortes recouvre la nappe d’autel. L’étonnement populaire a longtemps aimé voir, dans ce  phénomène, un évènement quasi miraculeux : « la mort des fourmis, pendant la messe, au moment de l’élévation ».

25 AOUT 1975 : Le cardinal Marty, ancien archevêque de Paris, est venu sur cette colline présider le pélerinage et prononcer l’homélie. Plus de mille personnes s’y étaient rendues.

29 MARS 1979 : A la suite d’un coup de foudre, tombé la veille, le feu détruit une partie de la toiture de la chapelle de Saint Jean-le-Froid. Un nouveau coup de foudre atteint le sanctuaire le
15 août 1979.

ASSOCIATION DES AMIS DE SAINT JEAN-LE-FROID :

A l’initiative du docteur Henri Périé, cette association a été créée, en 1993. Elle a fait restaurer le petit prieuré qui jouxte la chapelle, permettant, depuis 1997, aux fraternités monastiques de Jérusalem, fondées, en 1975, par le père Pierre-Marie Delfieu, originaire de Campagnac, de l’utiliser comme laure occasionnelle pour un ou deux de ses membres. Le 10 août 1996, 75 moines et moniales de ces fraternités se sont retrouvés dans la chapelle pour chanter les psaumes du milieu du jour.

L’association a aussi entrepris la restauration de la chapelle, par l’entreprise Vermorel, agréée par les Bâtiments de France, la réalisation de vitraux, par Mme Isabelle Retournard, dont un représente la légende des fourmis ailées, la réouverture de la porte de la façade sud…

LE FEU DE LA SAINT-JEAN :

Le « coutumier de 1871 » nous apprend que le feu de la Saint Jean, à cette époque-là, n’avait pas lieu à Saint Jean-le-Froid, mais dans la ville même de Marcillac. Il y est précisé : « La veille à sept heures et demie, on bénit le feu qui est préparé devant la maison des frères (actuelle école Jean Auzel) ou sur le tour de ville. On s’y rend en procession avec les pénitents, les clercs sont habillés ; on y chante les prières prescrites par le rituel. Au retour dans l’église on donne l’offrande en disant « Sanctus Joannès » pendant qu’on chante l’hymne de Saint Jean ou le « Salve Regina ».

 

AUX ENVIRONS IMMEDIATS DE SAINT JEAN-LE-FROID :

LA TALONIE :

Cet ancien domaine de vignes des Dominicains de Rodez, depuis le XIV° siècle, avait sa chapelle. Les bâtiments ont été transformés en résidence privée. Mais les contreforts
trahissent leur ancienne destination.

 LA LOUBATIERE ET LA PAUSE

étaient d’anciennes dépendances de l’abbaye de Bonnecombe. Une enquête de 1509 sur la restauration, la rénovation et la replantation des poteaux de justice (autrement
dit piloris) dans les terres de Bonnecombe où les moines avaient, en tant que seigneurs, droit de justice, nous apprend qu’il en existait un, garni de collier et de planches trouées, au Mas de la
Pauze devant le « sol de Mathiou Bedens » depuis 20 ou 25 ans, tombé en ruine et pourriture.  » Il n’a pas été relevé parce qu’on n’a jamais vu ladite abbaye sans procès et plaidoiries jusqu’à
présent ».

  LE ROCHER DES TROIS COMTES :

Un peu au-dessous de la façade ouest de la chapelle se trouve le rocher dit des « 3 comtes » qui devait probablement marquer la limite commune des seigneuries de
Mouret, Combret et Panat.

LES SARCOPHAGES :

A quelques centaines de mètres de la chapelle sur le versant sud, se trouve un petit monticule « le Pouget ». On peut y voir deux sarcophages creusés dans le roc.

RECIT POPULAIRE

rapporté par Jean Delmas dans « Connaissance du Rouergue – Les saints en Rouergue »  :

« Il y a une centaine d’années,  une jeune fille souffrante d’Escandolières avait été vouée à Saint Jean-le-Froid. Sa santé s’étant améliorée, on ne l’avait plus amenée à la chapelle du saint. Chaque fois qu’elle allait chercher de l’eau à la fontaine, elle voyait un feu et elle tomba malade de peur. Elle alla consulter une femme qui devine par le sort, qui lui conseilla de demander à ce feu ce qu’il voulait ; ce qu’elle s’empressa de faire, et de grosses lettres de feu ont écrit : SAINT JEAN LE FROID. Ses parents l’ont à nouveau amenée au saint ; celà l’a complètement guérie ».

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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