Cépages cultivés à Marcillac en 1833

“Plusieurs variétés de vigne sont mélangées et confondues à dessein. On compte que toutes ne manqueront pas à la fois, et dans le succès de l’une on espère trouver une compensation au défaut de succès de l’autre, mais il résulte de cette confusion qu’il faut faire un triage long et difficile à l’époque des vendanges si l’on ne veut mêler les raisins encore verts avec ceux qui ont atteint la parfaite maturité…

La variété que l’on appelle MENU, et que l’on suppose originaire de la Bourgogne, produit le meilleur vin
mais elle en donne moins. Le vin de la vigne vieille est en général préférable à celui de la vigne neuve. Il en est de même du vin provenant des ceps qu’on a laissé croître à hauteur d’homme comparés à celui des ceps que l’on ravale. Plus l’écorce de la vigne est fine ou mince, moins gros et plus sucré est le raisin et plus parfait est le vin.
Parmi les côteaux qui produisent les meilleurs vins se distinguent ceux de CRUOU, GRADELS, GRANDCOMBE, PAILHERIES, COSTE-CALDE, CANALS, de Marcillac à l’exposition du  midi.

On ne fait guère de vin blanc si ce n’est dans les communes de Balsac, de Bruéjouls et de Panat.

L’oenologie a fait peu de progrès dans le Vallon de Marcillac. A peu d’exceptions près, on y fait le vin comme on l’y faisait il y a un siècle. On attache une grande importance à la coloration foncée du vin, les vignerons en tirent leur gloire  et n’ont garde de laver leurs mains à l’époque des vendanges, c’est à qui les aura les plus  vineuses…

Les fortes gelées tuent quelques fois la vigne, sinon en totalité, du moins en partie…

Entre les diverses variétés de la vigne que l’on cultive dans le vignoble de Marcillac se distinguent comme seules généralement répandues : 

– Le MENU : feuille arrondie ou sub-quinque-lobé, irrégulièrement dentée, brun rouge un peu foncé en dessus, pâle en dessous, très glabre à la surface supérieure, légèrement cotonneuse à la surface inférieure, baie petite, ferme, noire et sucrée, grappe lâche ou peu serrée.

Le menu est casuel, il ne réussit que dans les sols pierreux et calcaires à l’exposition du Sud ou de l’Est. Il mûrit tard mais promptement lorsque la saison est belle. Il ne pourrit pas. Il se ride et se dessèche. On en obtient le meilleur vin. Parce qu’on ne le ploie pas son raisin coule souvent. Son cep devient haut et gros, ses feuilles amples et nombreuses, ses racines sont nombreuses aussi. Il vieillit plus que les autres variétés.

On le cultivait de préférence, autrefois, lorsqu’on s’occupait plus de la qualité que de la quantité des vins. On le néglige, on l’abandonne même aujourd’hui.

-Le vigne” >mansois ou Saumansois : feuille sub-quinque-lobée mais plus profondément, (ses deux sinuosités supérieures surtout), que celles du Menu, un peu ovale, irrégulièrement dentée, verte pubescente vers le bord à l’époque de la maturité du raisin, légèrement cotonneuse à la surface inférieure, glabre à la surface supérieure. Baies de grosseur moyenne fermes et sucrées, mais moins que celles du Menu, grappes serrées. Le raisin ne pourrit pas mais se conserve sur le cep. Il n’est ni hâtif ni tardif. Après le Menu il donne le meilleur vin et de plus facile conservation.

Cette variété, quoique moins généralement répandue qu’autrefois, l’est encore beaucoup, surtout dans les aubugues (terrain argileux) ; elle ne réussit parfaitement que dans le sol et sous l’exposition qui conviennent au Menu. Elle est d’un bon rapport.

Dans cette variété, comme dans la précédente, on trouve souvent, sur le même sujet, des feuilles quinque lobées, les lobes tendent à s’y effacer d’autant plus complètement que la végétation est plus vigoureuse.

-Le MOISSAGUES : feuille quinque lobée, arrondie, irrégulièrement dentée, vert foncé dessus et pâle dessous, glabre à la surface supérieure et légèrement cotonneuse à la surface inférieure, baie grosse, pellicule épaisse, saveur douceâtre, grappe serrée, joli raisin.

Son fruit mûrit douze jours au moins avant celui du Menu et du vigne” >mansois, pourrit facilement et donne un vin médiocre. On appelle cette variété “le plant du pauvre”, et elle obtient la préférence parce qu’elle produit beaucoup et réussit plus constamment. Par suite de cette abondante production de fruits les ceps restent frêles, les feuilles sont profondément lobées, elles sont peu nombreuses ainsi que les racines. La durée de la  vie est brève, et la plante redoute la sècheresse. On cultive le Moissaguès plus spécialement dans les rougières que dans les autres terrains.

  • outre ces trois variétés que l’on trouve dans presque toutes les vignes, il en est d’autres bien moins généralement cultivées ce sont :
  • Le MAUREL, que l’on cultive spécialement sur les aubugues.
  • Le CANUT, dont le bois est cassant, la baie grosse et agréable à manger.
  • Le PICPOUL.

Ces plants sont appelés “mous”, on n’en obtient, ainsi que du Moissaguès, que des vins plats, mais ils mûrissent sous les expositions les moins chaudes.

  • Le TOURNEMIRE, dont on vante les qualités, mais qui est très peu répandu.
  • Le GAILLAGUES, qui ne mûrit bien que sous les expositions les plus chaudes.
  • Le PEILLOU, dont le nom , qui signifie “haillon”, exprime la valeur.
  • Le PLANT DE CANE.
  • Le TEINTURIER, dont on obtient un vin très coloré.
  • Le TERABASSIER
  • Le PLANT DE MONTPELLIER.
  • L’OEILLAT.
  • Le MUSCAT NOIR.
  • Le MUSCAT BLANC.
  • Le RAISIN CERISE.
  • Le CHASSELAS BLANC.
  • et Le MENDIT BLANC.

Il serait difficile de déterminer la synonymie de ces variétés ; elle est inconnue. Il ne peut d’ailleurs être bien utile qu’il y ait un langage commun pour distinguer des choses qui perdent leur caractère en passant d’un lieu à l’autre et tendent sans cesse à se confondre.”

 

     (Extraits des “Mémoires statistiques sur le vigne” >vignoble de Marcillac” – par Charles GIROU de BUZAREINGUES – 1833 -)



 


Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter