1939-1945 Temps de guerre à Marcillac

En janvier 1939, près d’une centaine de réfugiés républicains espagnols arrive à Marcillac, femmes et enfants principalement, complètement démunis de bagages et de ressources. Grâce à la générosité des habitants, les premiers secours indispensables leur sont fournis. La préfecture alloue une subvention aux hôtels qui les hébergent et les nourrissent.

En septembre la France entre en guerre.  Par sa position, l’Aveyron fera dire plus tard à un fonctionnaire des services du ravitaillement : « l’Aveyron ? un pays pauvre où il y a de tout ! »

Cette situation privilégiée est toute faite pour attirer les réfugiés du Nord. En juin 1940, il en arrive à Marcillac une centaine, pour la plupart parents de  cheminots de Laon. Peu après
une cinquantaine de Belges viennent également chercher refuge à Marcillac. Ils arrivent en voitures particulières. L’un d’eux utilise même le corbillard de sa ville d’origine.

Une  cantine est créée dans le garage Marre, jouxtant la poste, à l’intention de ces réfugiés. Pour eux les problèmes ne se posent pas de façon aussi aiguë que pour les Espagnols, car
cheminots et Belges ont pu emmener avec eux quelque argent et effets.

Mais les civils ne sont pas les seuls à affluer. Un régiment belge fait étape quelques jours à Marcillac. Une compagnie française des services d’entretien vient ensuite stationner à Marcillac.
Son P.C. est installé dans un immeuble de la place du Centre aujourd’hui disparu, et sa cantine dans une remise près de la mairie (remise Mialet).

Notre ville connaît alors une très grande animation.

Les militaires français resteront un couple de mois, les réfugiés belges deux à trois mois, et les réfugiés français quatre à cinq mois.

En 1944  arrivent à leur  tour une trentaine de réfugiés lorrains qui resteront plus de quatre ans.

En 1943, une vingtaine d’hommes sont employés aux chantiers ruraux et percent notamment le chemin du Cayla dit « chemin-neuf ». Ces chantiers ruraux durent environ un an.

La même année un certain nombre de jeunes sont pris en Allemagne pour le « service du travail obligatoire » tandis que d’autres prennent le chemin du maquis. Un groupe de maquisards se constitue
dans la région et occupe le château de Combret.

En 1944, Marcillac accueille, à leur tour, une trentaine d’enfants de prisonniers, venus de l’Hérault.

De leur côté les militaires allemands emploient les hommes à des travaux de surveillance. Ceux de Valady et de Clairvaux gardent le Pont de Tournemire. Ceux de Solsac, les tranchées de Nuces. Il
échoit à ceux de Marcillac d’assurer un service de garde à la station de pompage de la SNCF sur l’Ady près de Valady.

Au matin du 10 août 1944 on apprend, à Marcillac, qu’un convoi allemand doit partir de Rodez pour se diriger sur Decazeville, mais on ignore s’il passera par Marcillac ou par Nuces. Notre ville
est en état d’alerte. Les chefs du maquis de Rodez activement recherchés par les Allemands se cachent depuis quelques temps au château de Fau, aux portes de Marcillac. Les maquisards du secteur,
avec armes et brassards, viennent occuper Marcillac.

Le bruit court depuis quelques semaines que les rochers de Salles-la-Source sont minés. Les Allemands craindront-ils cette menace ?  Une partie de la population, les hommes valides
principalement, part se cacher dans les vignes.

Au loin résonne le bruit d’une fusillade. Les Allemands sont à Nuces. Ils viennent de tuer deux maquisards. Ils en poursuivent deux autres qui subissent le même sort à Panat. L’ennemi poursuit
son raid vers le Bassin houiller tuant encore et incendiant plusieurs maisons.

Marcillac qui eut pu devenir un autre Oradour était épargné.

Peu de jours après, à la mairie,  se fera l’échange des corps de deux maquisards tués dans ce raid contre ceux de deux Allemands tués dans le Lot.

Le 17 août aura lieu le massacre de Sainte-Radegonde et le 18 les Allemands quitteront Rodez.

Mai 1945. La victoire est largement fêtée à Marcillac. Pendant près de trois semaines chaque quartier, à tour de rôle, fait sa fête.

Le retour des prisonniers sera l’occasion de réjouissances auxquelles participeront tous les habitants (défilés, simulacre de noce 1900, danses folkloriques…).

Presque aussitôt une dizaine de prisonniers allemands sont envoyés à Marcillac. Trois ou quatre d’entre eux sont employés chez des particuliers (agriculteurs, menuisier, plombier), les autres sont au service de la municipalité et procèdent au nettoyage du lit du Cruou, dans la partie de son cours qui traverse la ville.

Peu à peu tout rentre dans l’ordre, mais nombre de souvenirs demeurent (sabotage du château d’eau de la gare de Saint-Christophe, sabotage du pont de Tournemire, sabotage de la voie ferrée près de Nuces, réquisitions de véhicules par les maquisards, fabrication maison de savon et de pâtes alimentaires, fourniture de cuivre en échange de sulfate de cuivre indispensable pour le traitement des vignes, réquisition des fusils de chasse, culture clandestine de tabac, véhicules équipés de gazogène ou de bouteilles de gaz, et tant d’autres…).

 

Pour qui serait tenté de faire du savon à la maison, voici une recette d’une maman de cette époque :

« Mettre dans un chaudron pour un kg de matière grasse, huile , graisse ou suif, peu importe, 1,5 kg d’eau, 100 gr de soude caustique ou à défaut, du potassium, 90 gr de résine. Mettre sur le feu en remuant constamment comme si on faisait une mayonnaise afin d’éviter l’ébullition, jusqu’à ce qu’il épaississement autour du chaudron. A ce moment-là  vider lentement dans les  moules. Il faut environ trois quart d’heure. Si on est à court de graisse on peut mettre un peu de graisse végétale 1/4  »

Chaque ménagère de ces temps de pénurie ayant sa recette en voici une autre : « 1 kg de matière grasse, 200 gr de soude, 3 litres d’eau, 50 gr de gomme arabique, 1 poignée de sel gris, 1/2 h de cuisson.  »  Bon courage.

 

Originally posted 2012-07-29 17:33:58. Republished by Blog Post Promoter

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